Qu'est-ce qui fait la qualité d'un projet d'arboriculture ?

Rédigé par James Lloyd (Nature4Climate) en collaboration avec l'équipe HAMERKOP.

Passer de la plantation d'arbres à la reforestation long terme : comment le guide Reforest Better peut augmenter les impacts positifs des projets de restauration forestière

Des inondations aux sécheresses, en passant par l'extinction des espèces et la dégradation des sols, les effets du changement climatique sont déjà très répandus et menacent la nature et les moyens de subsistance qui en dépendent. La recherche scientifique a clairement montré qu'il ne nous reste qu'un très court laps de temps pour prévenir les pires effets du changement climatique.   

La nature peut jouer un rôle essentiel dans la lutte contre le changement climatique et la réalisation des objectifs de l'accord de Paris. Les solutions fondées sur la nature peuvent fournir un tiers de l'atténuation climatique nécessaire pour limiter le réchauffement de la planète à 1,5°C d'ici à 2030, et aider les communautés à s'adapter au changement climatique.  

Les entreprises prennent de plus en plus conscience du fait qu'elles ne peuvent pas atteindre un taux d'émissions nettes nul sans protéger la nature. Lors de la COP26 à Glasgow, 95 entreprises se sont engagées à stopper et à inverser le déclin de la nature d'ici à 2030, ce qui témoigne d'un intérêt croissant du monde des affaires pour les solutions fondées sur la nature.   

La reforestation est une méthode efficace pour financer des solutions fondées sur la nature et éliminer les émissions de gaz à effet de serre de l'atmosphère. Lorsqu'elle est réalisée correctement, la culture d'arbres peut avoir des retombées sociales et environnementales positives, notamment en restaurant des écosystèmes dégradés, en protégeant la biodiversité et en soutenant les communautés autochtones et locales.  

Quels sont les obstacles à un investissement efficace dans la reforestation ?  

De plus en plus d'entreprises se tournent vers les projets forestiers et arboricoles pour réduire leurs émissions et protéger la nature, soit en achetant des crédits carbone, soit en investissant dans des projets de restauration forestière. Cependant, il existe des centaines de projets et de fournisseurs parmi lesquels choisir dans le monde entier et un manque de conseils fiables pour aider les entreprises à distinguer les bons des mauvais.   

En conséquence, les projets forestiers ont historiquement fait l'objet de méfiance ou ont été considérés comme un échec. Cela s'explique en partie par l'accent mis à tort sur la "plantation d'arbres" en tant que solution rapide, plutôt que sur la "croissance des arbres" en tant qu'investissement à long terme dans l'avenir de notre planète.  

Pour apporter le financement nécessaire aux projets de reforestation qui ont un impact réel et durable sur les personnes et la nature, nous avons besoin de toute urgence d'une plus grande transparence et d'une meilleure compréhension de ce qui constitue un bon projet de restauration. Les entreprises qui cherchent à investir dans des projets de culture d'arbres bénéficieraient grandement d'informations claires et accessibles sur ce que sont les meilleures pratiques et comment les identifier. 

Le guide Reforest Better simplifie les investissements à fort impact dans la nature.  

Le guide Reforest Better propose une méthodologie accessible et facile à utiliser pour aider les entreprises à comprendre la qualité des programmes de culture d'arbres et à identifier les projets à fort impact à financer.   

Ancré dans la science, le guide interactif propose aux utilisateurs une série de questions pour les aider à identifier les projets de restauration les plus efficaces et éthiques dans lesquels investir. Il mesure le succès d'un projet en l'évaluant par rapport à 13 paramètres clés de bonnes pratiques. Ces paramètres comprennent la sélection des essences, l'inclusion et l'implication des communautés autochtones et locales, et la transparence sur la façon dont les émissions de référence sont calculées. Grâce à ces informations, le guide utilise un système de feux tricolores pour souligner la qualité d'un projet de restauration forestière  

En fournissant un moyen simple de promouvoir les meilleures pratiques en matière de reforestation, le guide vise à faire changer les considérations de la "plantation" d'arbres à la "culture" d'arbres. Cela reflète l'importance des investissements à long terme dans la nature et les projets de restauration pour les bénéfices sur le climat et la biodiversité.

Quels sont les avantages de l'utilisation du guide Reforest Better ?  

Grâce au guide Reforest Better, les entreprises sont en mesure de prendre des décisions plus éclairées avant d'investir dans des programmes de culture d'arbres. Le fait d'orienter les investissements vers des projets de qualité permet de réduire plus efficacement les émissions de carbone, ce qui aide les entreprises et les industries à atteindre leurs objectifs climatiques.   

Au-delà de l'atténuation des émissions de gaz à effet de serre, la canalisation des investissements vers une reforestation de haute qualité apporte d'autres avantages sociaux et environnementaux. Il s'agit notamment de la conservation de la biodiversité, en mettant l'accent sur la promotion et la protection des espèces végétales indigènes, et de la mise en place d'un cadre pour la gestion durable des terres, deux éléments qui favorisent la restauration des écosystèmes dégradés de manière durable.  

Les projets à fort impact offriront également des avantages sociaux, notamment des possibilités d'emploi et de revenus. Ils garantiront la protection des droits des autochtones et la participation des communautés locales à la prise de décision.  

Ce à quoi ressemblent les meilleures pratiques : La culture des arbres en Inde  

Dans l'est de l'Inde, les tribus Advasi de la vallée d'Araku sont parmi les plus défavorisées du pays. La région a souffert d'une grave déforestation sous le régime colonial anglais, entraînant l'érosion des sols, la dégradation des terres et la pauvreté. La Fondation Naandi s'efforce de lutter contre cette pauvreté en faisant pousser des arbres et en restaurant la nature pour soutenir les moyens de subsistance locaux.

Aujourd'hui, plus de six millions d'arbres ont été plantés et 6 000 ha de terres dégradées ont été restaurés. Les terres boisées offrent un abri et de la nourriture à la faune sauvage, ainsi que des possibilités de revenus pour les communautés locales, qui peuvent récolter des cultures, notamment des grains de café et des mangues, sur les nouveaux arbres. Cela a également permis de renforcer la sécurité alimentaire des petites communautés marginalisées et d'améliorer la productivité agricole.

Comment les entreprises peuvent-elles utiliser le guide Reforest Better ?   

Les entreprises qui cherchent à améliorer leurs références en matière de durabilité ou à compenser leurs émissions de carbone par des impacts significatifs sur les écosystèmes locaux peuvent profiter du guide en ligne Reforest Better pour identifier et examiner des projets de haute qualité.

De même, les gestionnaires de projets de reforestation, les ONG et les organisations de conservation pourraient bénéficier de l'usage de ce guide pour évaluer les projets existants et identifier le potentiel d'amélioration de la performance globale et de la mise à l'échelle. 

Comme le récent Rapport du GIEC l'a clairement montré, nous disposons d'une fenêtre d'opportunité réduite pour réaliser des investissements significatifs dans la nature - au bénéfice des écosystèmes, des communautés et de la santé planétaire à long terme. Le guide Reforest Better est l'un des meilleurs outils dont nous disposons pour accélérer cet investissement et atteindre les objectifs climatiques.   

Disponible en anglais, le guide Reforest Better a été élaboré par HAMERKOP, un cabinet de conseil spécialisé dans le changement climatique et la finance climat, en partenariat avec Nature4Climate et des scientifiques forestiers.   

Le guide Reforest Better et le questionnaire en ligne sont disponibles ici : https://nature4climate.org/reforest-better-guide/  

Cet article a été initialement publié ici.

Les organisations qui ont également participé à l'élaboration du guide sont les suivantes :  

L'équipe Hamerkop
Accès à l'énergie dans les contextes de déplacement de population : le rôle de la finance carbone

L'objectif de développement durable (ODD) 7 des Nations unies vise à assurer l'accès de tous à une énergie abordable, fiable, durable et moderne. Bien que des investissements importants aient été réalisés dans ce secteur, environ 4 milliards de personnes dans le monde n'ont toujours pas un accès suffisant à l'énergie, dont 80 millions sont des personnes déplacées de force : réfugiés, personnes déplacées à l'intérieur de leur pays, apatrides et demandeurs d'asile[1].

Dans de nombreux contextes de déplacement, les personnes déplacées involontairement utilisent du bois de chauffe, du charbon de bois ou d'autres formes de biomasse avec des réchauds traditionnels et à faible efficacité énergétique pour cuisiner. Ces réchauds traditionnels émettent de grandes quantités de fumée lors de la cuisson, ce qui a un impact négatif sur la santé et la qualité de l'air à l'traditionnels émettent de grandes quantités de fumée lors de la cuisson, ce qui a un impact négatif sur la santé et la qualité de l'air à l'intérieur des habitations. Les femmes et les enfants sont souvent chargés d'aller chercher du combustible et de porter de lourdes charges lors de longs déplacements, ce qui les expose à des violences sexuelles et leur fait perdre du temps qui pourrait être affecté à d'autres activités productives : notamment les activités génératrices de revenus et l'éducation. La collecte de bois de chauffe pour la cuisson contribue à la dégradation de l'environnement et est à la racine de conflits entre les populations déplacées et les communautés d'accueil, en particulier dans les contextes qui ont atteint un point de crise environnementale où il n'y a plus de bois de chauffe disponible dans l'environnement local et où il n'existe aucune alternative.

Par conséquent, l'accès à l'énergie et, plus précisément, l'accès à des solutions de cuisson à énergie moderne dans les situations de déplacement est essentiel car il permet non seulement de contribuer à l'accès universel à l'énergie, mais aussi d'améliorer la santé et le bien-être des populations, l'égalité des sexes, l'action climatique, la paix et la justice, et la diminution de la pauvreté[2].

 

Une femme du Nord-Darfour, au Soudan, avec du bois de chauffe pour 4 jours de cuisson.

 

L'accès à l'énergie a historiquement été exclu des réponses humanitaires dans les contextes de déplacement des populations en raison de la disponibilité limitée des solutions, des financements nécessaires et de l'absence de modèles commerciaux adaptés. L'objectif de l'aide humanitaire est d'apporter un soulagement immédiat aux crises à court terme, mais les réfugiés et les populations déplacées sont parfois hébergés dans des camps ou d'autres lieux informels pendant des générations sans accès suffisant à l'énergie.

Bien que des initiatives spécifiques voient le jour, comme la Plateforme d'action mondiale soutenue par les Nations unies[3], une initiative faisant la promotion des actions permettant un accès durable à l'énergie dans les situations de déplacement, il reste encore beaucoup à faire.

Les interventions impliquant la distribution de technologies énergétiques pour la cuisson, l'éclairage et d'autres services, sont de plus en plus nombreuses, mais peu se sont concentrées sur les solutions d’accès à long terme à l'énergie moderne pour la cuisson (ex : gaz, solaire, électrique). Cela peut être attribué au fait que le financement humanitaire est souvent motivé par des raisons politiques et à court terme, ce qui signifie que le financement et les priorités peuvent rapidement changer en fonction des donateurs et de l’évolution des relations internationales. Il en résulte souvent des solutions ponctuelles qui ne répondent pas aux besoins énergétiques à long terme des populations dans ces contextes. En outre, les réfugiés sont confrontés à l'incertitude quant à leur statut juridique et aux politiques gouvernementales qui limitent leur intégration économique[4].

Accès à l'énergie et financement du carbone

Il est essentiel de mettre en œuvre de nouveaux modèles de financement et d'approvisionnement pour l'accès à l'énergie dans les contextes de déplacement, car les financements des donateurs sont insuffisants pour relever le défi. Un financement plus innovant est nécessaire pour étendre les solutions et attirer les investissements et la participation du secteur privé, qui a toujours considéré les camps de réfugiés et les établissements informels comme des lieux risqués et non rentables.

Encouragé par le Programme d'aide à la gestion du secteur de l'énergie (ESMAP) administré par la Banque mondiale, davantage de connaissances sont générées et les instruments de financement se diversifient[5]. La finance carbone offre un potentiel important pour l'implication du secteur privé dans ce contexte. La finance carbone est un mécanisme de financement qui attribue une valeur financière aux émissions de carbone. Dans les contextes de déplacement, les réductions d'émissions peuvent être obtenues par l'utilisation de réchauds à plus grande efficacité énergétique ou de combustibles propres. Chaque tonne de dioxyde de carbone (CO2) non émise génère un crédit carbone. Les réductions d'émissions ont lieu lorsque les ménages et les institutions (ex : écoles, hôpitaux, restaurants, boulangeries, etc...) passent d'une technologie traditionnelle (ex : feu ouvert ou réchauds en argile avec une efficacité thermique d'environ 10 %) à une technologie plus efficace (ex : réchauds à bois et à charbon avec une efficacité thermique de 25 % à 40 %) ou à une source d'énergie différente (ex : gaz, solaire thermique ou électrique, biogaz ou biocarburant).

Afaf Mohamed Ahmed Atroon est passée de la cuisson au bois à la cuisson au gaz, avec le soutien de la finance carbone au Soudan.

Ces crédits carbone peuvent ensuite être achetés par des entreprises pour compenser ou équilibrer leurs émissions, ou simplement pour contribuer au financement du développement international et des actions en faveur du climat sur la base des résultats plutôt que des activités. La finance carbone peut accroître la viabilité financière des projets ou réduire les risques d'investissement en créant une source de revenus supplémentaires et en permettant un transfert de technologies et de savoir-faire technique[6]. Ce mécanisme permet de (co)financer des projets qui apportent de nombreux avantages sociaux et environnementaux en plus de la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES). Dans ce contexte, la réduction des émissions de GES est souvent considérée comme un outil pour canaliser des financements pour le développement plutôt que comme l'impact le plus important.

Pour les projets de solutions énergétiques pour la cuisson, la finance carbone est généralement utilisée de la manière suivante :

  • Payer l'ensemble des coûts d'investissement et d'exploitation liés à la distribution des technologies améliorées ;

  • Subventionner une partie du coût des technologies promues pour les rendre abordables pour les populations cibles ; ou

  • Payer, financer ou subventionner à des degrés divers les dépenses d'investissement et d'exploitation nécessaires à l'expansion du projet : sensibiliser par le biais de panneaux d'affichage, de publicités à la radio et à la télévision ou de porte-à-porte locaux ; étendre les canaux de commercialisation en payant les coûts de distribution du dernier kilomètre dans les zones à faible densité de population ; fournir un financement aux consommateurs par le biais de micro-prêts pour les réchauds et autres investissements ; et financer l'expansion des installations de production et de stockage de carburant.

Toutes les interventions ne peuvent pas bénéficier de la finance carbone, mais elle est particulièrement efficace dans les situations de déplacement qui résultent d'un conflit antérieur et non actuel. Ces situations de déplacement font l'objet d'une attention moindre de la part des médias et de l'aide internationale, et pourraient bénéficier tout particulièrement de la finance carbone. En plus de générer des réductions d'émissions, les projets devraient cocher quelques cases supplémentaires pour bénéficier de la finance carbone.

En termes de normes de certification carbone, le Gold Standard est connu pour son travail en faveur de l'élargissement de la portée de la finance carbone pour l'accès à l'énergie dans divers contextes (ex : interventions à grande, petite et micro échelle ; ou plus récemment pour les réchauds comprenant des compteurs)[7]. Le Verified Carbon Standard (VCS), le plus grand émetteur de crédits carbone volontaires, permet également aux projets de distribution de réchauds à bois efficace en énergie de bénéficier de la finance carbone[8]. Le graphique ci-dessous montre le nombre de projets enregistrés (en vert foncé) et les crédits émis pour ceux-ci (en vert clair et en millions de tonnes de CO2), par organisme de certification.

 

Volumes de programmes de réchauds par registre[9]

 

Il faut généralement compter 18 mois pour la certification ou l'enregistrement d'un projet (jalon à partir duquel un projet est officiellement autorisé à émettre un crédit carbone pour chaque tonne d'équivalent CO2 réduite, rapportée et auditée) et 6 à 18 mois supplémentaires pour délivrer un premier lot de crédits carbone.

Certaines questions sont spécifiques aux contextes de déplacement et à la finance carbone, notamment :

  • La nature temporaire des installations. La plupart des investisseurs de la finance carbone couvrent au moins une partie des coûts de mise en œuvre du projet et de la certification et du monitoring du carbone, en fonction du rendement attendu. Sachant qu'une technologie de cuisson est censée durer entre 2 et 8 ans, si les ménages déménagent, cela signifie souvent qu'il n'est plus possible de suivre leurs réductions d'émissions et cela entraîne une diminution des crédits carbone générés et des revenus de la vente de ceux-ci pour l'investisseur ou le sponsor.

  • Le manque d'infrastructures et les coûts plus élevés. De nombreuses colonies de réfugiés et de personnes déplacées sont isolées ou difficiles à atteindre et se trouvent souvent dans des endroits où il y a peu d'infrastructures (ex : routes, installations de stockage de carburant, etc.), ce qui rend la distribution de biens et les chaînes d'approvisionnement en carburant difficiles à établir. Ces limitations entraînent des coûts de mise en œuvre du projet plus élevés que dans un autre contexte. Parmi les autres facteurs d'augmentation des coûts, on peut citer le manque de partenaires de mise en œuvre dans la ou les zones cibles, ou la nécessité de disposer d'escortes militaires pour se déplacer.

  • Mise à disposition de capital. La finance carbone est par nature un outil de financement basé sur les résultats, ce qui signifie que les sponsors financiers sont généralement réticents à payer pour les activités à mettre en œuvre pour la réalisation du projet (plutôt qu'une fois que ces activités ont délivré des résultats), qu'ils peuvent considérer comme trop risquées. Cependant, sans ce déploiement de capital initial, c'est l’entière réalisation du projet qui est remise en question.

La finance carbone offre également toute une série d'avantages, notamment :

  • Une structure de coûts allégée. Les coûts associés à la mise en œuvre de tels projets sont souvent considérés à la lumière des retours financiers qui peuvent être générés par la vente de crédits carbone. Ainsi, les projets ont tendance à se concentrer sur les activités qui sont très efficaces pour atteindre l'objectif principal du projet (ex : la réduction des émissions). Cela tend à réduire les coûts de ces projets, par rapport à un projet qui serait financé par un bailleur de fonds traditionnel.

  • L'amélioration continue. Une fois le projet lancé, la finance carbone exige le suivi d'une série de paramètres au moyen de tests quantitatifs et d'enquêtes qualitatives. Alors que les projets de développement traditionnels incluent généralement un suivi des activités, les paramètres bien plus précis à suivre de façon continue pour les projets carbone leur permettent de s'améliorer au fil du temps (ex : réduire l'utilisation des réchauds traditionnels, mettre en œuvre des activités permettant aux utilisateurs d'économiser de l'argent, développer les canaux de vente de carburant, etc.). Les multiples enquêtes menées tout au long de la durée de vie du projet permettent également de recueillir des informations précieuses sur les dynamiques socio-économiques des bénéficiaires et de mieux comprendre leurs préoccupations et leurs préférences.

  • Contribution à l'ODD 17 - Partenariat pour les objectifs. Alors que le secteur privé est souvent réticent à collaborer avec le secteur public, la finance carbone peut être considérée comme un instrument plus simple pour la coopération et la contribution à l'ODD 17. Le secteur public et le secteur de l'aide sont bien conscients que leur financement est insuffisant pour s'attaquer à tous les problèmes de développement et que les fonds du secteur privé peuvent être mobilisés par la finance carbone.

Étude de cas : La cuisson solaire au Tchad

Femme darfourienne utilisant le Cookit distribué par ADES dans le camp d'Iridimi, à l'est du Tchad.

Le projet de cuisson solaire au Tchad est financé par FairClimateFund et mis en œuvre par l'ONG tchadienne ADES, avec le soutien technique d'HAMERKOP. Il se concentre sur la distribution d'un cuiseur simple, sans brevet, appelé CookIt. Ces cuiseurs solaires ont été initialement distribués en 2005, au moment où les réfugiés du Darfour ont fui le Soudan et traversé la frontière du Tchad. Le projet a débuté grâce aux financements de bailleurs internationaux qui se sont progressivement taris. Sans la vente de crédits carbone, le projet aurait été interrompu et les ménages seraient retournés à la cuisson traditionnelle sur des feux ouverts avec du bois de chauffe. En 2012, le projet a été repris dans le camp de réfugiés d'Iridimi, grâce au financement fourni sur la base que les réductions d'émissions du CookIt pourraient être certifiées et vendues sur le marché volontaire du carbone. Les bénéficiaires ont transféré la propriété de leurs réductions d'émissions au projet en échange de CookIt hautement subventionnés, de formations sur l'utilisation de ces cuiseurs et de la création d'emplois pour la production locale de ces cuiseurs.

La vente des crédits carbone couvre les coûts de gestion du projet et de la certification carbone. En partenariat avec FairClimateFund, HAMERKOP a été amené en 2019 à prendre en charge l'expansion du projet et à assurer sa durabilité à long terme grâce à la finance carbone. Depuis, le projet est entré dans sa quatrième période de suivi, s'étend à un deuxième camp de réfugiés et est certifié dans le cadre du Gold Standard for the Global Goals en utilisant la méthodologie Gold Standard "micro-scale Simplified Methodology for Efficient Cookstoves".

Étude de cas : Évaluation des pratiques de cuisson dans les zones de déplacement au Cambodge

Le programme Modern Energy Cooking Services (MECS), financé par l'aide au développement britannique, soutient la transition des économies à faible revenu de la biomasse à l'utilisation de services de cuisson à énergie moderne. Si des recherches ont déjà été menées sur l'accès à l'énergie dans les pays à faible revenu, il existe peu de données sur l'accès à l'énergie dans les contextes de déplacement. On sait relativement peu de choses sur les pratiques de cuisson, les rôles joués au sein des ménages et les mécanismes utilisés pour faire face aux pénuries de combustible, d'accès aux technologies et sur d'autres aspects relatifs aux moyens de subsistance qui sont affectés pendant un événement de déplacement (ex : un conflit lié aux terres, développement urbain, événements climatiques extrêmes tels que les inondations).

Femme cambodgienne préparant son repas familial, capturée lors des enquêtes du MECS menées par HAMERKOP

En développant un outil de recherche et pendant un mois au Cambodge, HAMERKOP a effectué une collecte de données pour aider le MECS à mieux comprendre comment les personnes déplacées et les institutions (par exemple, les hôpitaux, les écoles, les restaurants, les boulangeries, etc.) utilisent l'énergie pour cuisiner. Pour mieux comprendre les pratiques de cuisson dans les contextes de déplacement au Cambodge, des données ont été collectées en menant 300 enquêtes et en organisant des discussions de groupe parmi les ménages et les institutions dans les zones rurales et urbaines du Cambodge où les personnes déplacées à l'intérieur du pays étaient connues pour s'être réinstallées.

Bien que cette mission n'avait pas pour but de déboucher sur le développement d'un projet carbone, certaines des premières conclusions vont dans ce sens. Les personnes déplacées doivent faire face à de nombreuses difficultés. L'une d'entre elles est la perte de leur source historique de revenus et d'actifs ; une autre est le défi pour produire leur propre nourriture en raison du manque de terres et du manque d'accès à l'épargne et au crédit à la consommation pour s'offrir des technologies de cuisson plus efficaces et plus propres. Dans ce contexte, la finance carbone pourrait fournir le soutien mentionné plus haut dans cet article et permettre aux technologies de cuisson modernes d'être accessibles à ces populations vulnérables.

Les équipes d’HAMERKOP ont plus de 10 ans d'expérience dans le soutien aux projets visant à bénéficier de la finance carbone dans des contextes de déplacement. Elles réalisent régulièrement des évaluations des situations, conçoivent des interventions, sélectionnent les technologies les plus appropriées, et permettent la certification des projets. Elles sont également amenées à fournir des conseils techniques et stratégiques pour leur mise en œuvre.

Que vous soyez une organisation internationale ou une ONG cherchant à bénéficier de la finance carbone ou une entreprise souhaitant soutenir financièrement des interventions sur le long terme, nous pouvons vous aider, alors contactez-nous.



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[1] Source : Bisaga, I. & To, L.S. 2021. Modèles de financement et de fourniture de services énergétiques modernes de cuisson dans les situations de déplacement : A Review. Lien : Energies

[2] Source : Ibid

[3] Site web du Programme d'action mondial : https://www.humanitarianenergy.org/  

[4] Source : Patel, L. & Gross, K. 2019. Cuisiner dans les situations de déplacement : Engager le secteur privé dans l'approvisionnement en combustible non ligneux. Lien : chathamhouse.org

[5] Source : Modern energy cooking : review of the funding landscape. Lien : https://mecs.org.uk/wp-content/uploads/2022/02/Modern-Energy-Cooking-Review-of-the-Funding-Landscape.pdf

[6] Source : HCR. 2014. Le financement du carbone. Lien : https://www.unhcr.org/55005b069.pdf   

[7] Source : Méthodes de quantification de l'impact de Gold Standard. Lien : https://globalgoals.goldstandard.org/400-sdg-impact-quantification/

[8] Source : VMR0006 Méthodologie pour l'installation de fourneaux à bois de chauffage à haut rendement. Lien : https://verra.org/methodology/vmr0006-methodology-for-installation-of-high-efficiency-firewood-cookstoves/

[9] Source : Banque mondiale /Ci-Dev : https://ci-dev.org/sites/cidev/files/2020-11/CI-DEV_FRACTION%20OF%20NONRENEWABLE%20BIOMASS_R2.pdf and Modern energy cooking : review of the funding landscape. Lien : https://mecs.org.uk/wp-content/uploads/2022/02/Modern-Energy-Cooking-Review-of-the-Funding-Landscape.pdf

L'équipe Hamerkop
Le potentiel des projets de compensation des émissions de carbone bleu en Europe
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En mai 2021, le Centre de coopération pour la Méditerranée de l'UICN a publié son "Manuel pour la création de projets carbone bleu en Europe et en Méditerranée". Ce document fournit des conseils pour développer des projets qui utilisent la finance carbone pour améliorer, protéger et développer les écosystèmes d'herbiers marins et de zones humides côtières pour l'atténuation et l'adaptation au changement climatique, spécifiquement en Europe et dans la région méditerranéenne.

Olivier Levallois, directeur de HAMERKOP, a été le principal contributeur aux chapitres 2, 3 et 4 du manuel, qui détaillent les politiques et les nouveaux mécanismes de gestion du carbone, l'éligibilité des projets carbone et le processus de certification. Ce billet de blog vous présentera le carbone bleu et donnera un aperçu de certains des sujets abordés dans ces chapitres.

Le carbone bleu côtier est défini comme le carbone organique stocké dans les écosystèmes des zones côtières ou proche du littoral et comprend les mangroves, les herbiers marins et les marais salants. Les projets de compensation certifiés ont traditionnellement été associés aux environnements tropicaux et plus particulièrement aux forêts de mangroves. Cependant, avec l'entrée en vigueur de l'accord de Paris, il existe un potentiel important de certification carbone pour soutenir le développement de projets de carbone bleu en Europe et en Méditerranée.

Depuis quelques années, les solutions basées sur la nature (NbS), notamment la plantation d'arbres, le boisement, le reboisement et la gestion des terres, suscitent un intérêt croissant. Bien que ce terme englobe également le carbone bleu, les discussions autour des NbS sont souvent dominées par les projets forestiers plus classiques. Même s'ils ne sont pas aussi connus ou aussi développés sur les marchés du carbone que les projets forestiers, les herbiers marins, les marais salants et les mangroves ont tous un potentiel de stockage du carbone par hectare nettement supérieur à celui des forêts boréales et tropicales, puisque 95 % de leur carbone est stocké dans le sol[1]. Par conséquent, le financement de leur protection, de leur restauration et de leur création constitue une opportunité pour les organisations désireuses d'équilibrer leurs émissions.

 
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Écosystèmes de carbone bleu

Les écosystèmes côtiers séquestrant du carbone en Europe et dans le bassin méditerranéen sont principalement constitués de prairies sous-marines et de marais salants. Les prairies sous-marines sont présentes en Méditerranée et dans l'Atlantique Nord et ont été identifiées comme d'importants puits de carbone organique. L'espèce Posidonia oceanica est la plus abondante et la plus répandue en Méditerranée et son potentiel de stockage du carbone est considérable : 1 500 tonnes de CO2e par hectare.[2].

La disparition des herbiers marins en Europe et en Méditerranée peut être attribuée à des impacts anthropiques directs et indirects. Il s'agit notamment de la mauvaise qualité de l'eau et de l'érosion mécanique (chalutage et ancrage), de l'enfouissement des herbiers provoqué par la construction de nouvelles défenses et infrastructures côtières, ainsi que des tempêtes et des vagues de chaleur marines qui ont un impact significatif sur la stabilité de ces écosystèmes.

Source : Med-O-Med, Posidonia oceanica, le poumon et la base de la région Med-O-Med.

Source : Med-O-Med, Posidonia oceanica, le poumon et la base de la région Med-O-Med.

Les marais salants se trouvent principalement en bordure des estuaires, des baies et des zones intertidales à faible énergie. Les marais salants européens de l'Atlantique sont caractérisés par des prairies naturelles le long des étendues abritées de la côte européenne de l'Atlantique, du centre du Portugal à la mer du Nord. Les marais salants sont également très présents le long des côtes abritées de la côte sud du Portugal et du bassin méditerranéen.

Les données sur l'étendue et le stock de carbone des marais salants sont au mieux fragmentées, mais on estime que les sols des marais salants européens ont un potentiel de séquestration à long terme de 151 g C m-2 an-1. C'est six fois le potentiel de séquestration du carbone des tourbières (26,6 g C m-2 an-1) qui sont considérées comme le plus grand stock naturel de carbone terrestre au monde[3]. Les marais salants sont particulièrement menacés par l'élévation du niveau de la mer résultant du "resserrement des côtes", qui a entraîné une réduction moyenne estimée de 13 % de ces habitats au cours des 50 dernières années. Les changements dans l'apport de sédiments côtiers et la modification de l'hydrodynamique de l'eau, comme le débit et la force, peuvent également entraîner un déclin significatif de la qualité et de la quantité des marais salants.

Source : The Guardian, comment les marais salants artificiels peuvent contribuer à la lutte contre la montée des eaux

Source : The Guardian, comment les marais salants artificiels peuvent contribuer à la lutte contre la montée des eaux

Indépendamment de leur potentiel de piégeage du carbone, les herbiers marins et les marais salants favorisent l'adaptation au changement climatique en améliorant l'habitat et la chaîne alimentaire pour les pêcheries commerciales, la stabilisation du littoral, la protection contre les tempêtes et l'atténuation des inondations. De nombreuses espèces végétales séquestrant du carbone rehaussent également de manière significative le plancher océanique, ce qui contribue à nouveau à la protection naturelle du littoral contre l'élévation du niveau de la mer. Ces avantages supplémentaires en matière d'adaptation deviennent de plus en plus importants alors que le climat continue de changer. Rien qu'au Royaume-Uni, les marais salants fournissent des défenses contre les inondations côtières d'une valeur estimée à 1 milliard de livres sterling[4].

Outre les mangroves, les herbiers marins et les marais salants, il existe un potentiel supplémentaire pour les projets de carbone bleu qui impliquent le varech, le phytoplancton et les récifs biogènes. Les scientifiques affirment que le varech a été "oublié" sur la scène du carbone bleu, notamment en Australie, où l'on estime que le varech des récifs de la Grande Barrière sud contient environ 3 % du carbone bleu mondial total. Cependant, l'un des principaux défis de l'inclusion du varech dans le carbone bleu est qu'il peut être déjà indirectement pris en compte, car il peut être enfoui dans les marais littoraux, les forêts de mangroves et les herbiers marins[5]. Cela soulève le risque d'un double comptage. Il s'agit d'un domaine de recherche pionnier et il est probable qu'au fur et à mesure que l'intérêt autour du carbone bleu se développera, d'autres écosystèmes pourront également être inclus.

Incitations politiques et financières pour les projets de carbone bleu

Dans le cadre de l'accord de Paris, les pays sont tenus de soumettre des contributions déterminées au niveau national (CDN) révisées tous les cinq ans. Ces CDN comprennent des informations concernant la portée et la couverture des efforts d'atténuation et d'adaptation d'un pays, parmi lesquelles les solutions fondées sur la nature, y compris le carbone bleu, qui jouent un rôle central. En Europe, la Commission européenne a adopté la stratégie en faveur de la biodiversité dans le cadre du Pacte vert pour l'Europe en mai 2020. Ce cadre multilatéral ambitieux fixe une série d'objectifs en matière de biodiversité, notamment le renforcement des mesures de restauration et de conservation dans les zones protégées et l'amélioration des écosystèmes affaiblis et détériorés. La restauration, la protection et l'amélioration des écosystèmes séquestrant du carbone à travers l'Europe est un outil essentiel pour atteindre ces objectifs.

Outre la stratégie en faveur de la biodiversité, l'objectif d'atteindre la neutralité carbone d'ici à 2050, qui nécessite une transition vers une économie zéro émission nette, est également au cœur du Pacte vert pour l'Europe[6]. Si cet objectif sera atteint principalement grâce aux pays et aux entreprises qui réduiront leurs propres émissions, certaines émissions sont inévitables et doivent donc être compensées. La vente de crédits carbone générés par des projets européens et méditerranéens de carbone bleu permettrait d'étendre la restauration, la conservation et le développement de ces écosystèmes, tout en permettant aux entreprises privées de soutenir la réalisation de leurs objectifs climatiques.

Source : Manuel pour la création de projets de carbone bleu en Europe et en Méditerranée

Source : Manuel pour la création de projets de carbone bleu en Europe et en Méditerranée

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Bien qu'il n'existe à ce jour aucun projet de carbone bleu certifié en Europe, un certain nombre d'organisations ont commencé à entreprendre des activités de conservation et de régénération en faveur de la séquestration du carbone. L'une de ces organisations est Carbon Kapture, qui a pour but de créer un nouveau marché pour les services de carbone à base d'algues. Certaines algues poussent 30 fois plus vite que les arbres et sont considérées comme très efficaces pour éliminer le CO2 de l'atmosphère. Elles peuvent également être vendues aux agriculteurs comme nourriture pour animaux, ce qui permettrait de réduire les émissions de méthane du bétail[7].

Le projet Manaia est une autre organisation qui œuvre à la conservation des écosystèmes de carbone bleu. Sa mission consiste à préserver les herbiers marins, à étudier les espèces envahissantes et à éliminer les débris marins. Basé en Autriche, son travail sur les herbiers marins s'est principalement concentré sur la documentation de l'étendue actuelle des herbiers ainsi que sur les changements de tailles au fil du temps. Cela leur permet de se concentrer sur la replantation des herbiers marins dans les zones qui en ont besoin.

Certification carbone

Avant la mise en œuvre de l'accord de Paris, les projets de carbone certifiés en Europe étaient autorisés par la mise en œuvre conjointe (MOC) du Protocole de Kyoto. Parmi les pays de l'Union européenne de la région méditerranéenne (Espagne, France, Italie et Grèce), seuls 20 projets ont été enregistrés dans le cadre de la MOC - dix-sept en France et trois en Espagne, et aucun d'entre eux ne concerne les écosystèmes océaniques. Pour en savoir plus, l'un de nos précédents billets traite de la compensation carbone et du fonctionnement des processus de certification carbone.

Alors que les projets de carbone bleu sont devenus de plus en plus populaires aux côtés d'autres NbS, leur utilisation dans un contexte européen reste sous-développée. Tous les projets de carbone bleu actuellement enregistrés sur les marchés du carbone (règlementés et volontaire) sont des projets de mangroves dans les pays tropicaux.

Il existe actuellement six méthodologies approuvées pour la comptabilisation et le suivi du carbone dans le cadre du mécanisme de développement propre (MDP), le Gold Standard (GS) et le Voluntary Carbon Standard (VCS), qui peuvent être appliquées aux projets de carbone bleu. Bien qu'il soit recommandé aux projets d'utiliser une méthodologie existante, il est possible de modifier ou de développer une nouvelle méthodologie si nécessaire. Parmi ces six méthodologies VCS, seules deux conviendraient à des projets basés en Europe - VM0024 Méthodologie pour la création de zones humides côtières et VM00033 pour la restauration des zones humides à marée et des herbiers marins. Le MDP n'autorise que les projets dans les pays en développement ; et la méthodologie GS n'est actuellement applicable qu'aux mangroves.

Un certain nombre de méthodologies potentielles sont en cours de développement et le GS cherche à étendre ses méthodologies pour inclure d'autres écosystèmes de carbone bleu, y compris les herbiers marins et les algues. La norme de certification française Label bas-Carbone a également entamé des recherches pour établir la première méthodologie spécifiquement destinée à certifier les mesures de conservation et de préservation des herbiers marins, avec l'intention d'entreprendre un premier projet dans le parc national des Calanques[8].

Si vous avez déjà un projet de carbone bleu à l’esprit, il y a cinq étapes à franchir pour comprendre s'il pourrait être éligible à la finance carbone :

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  1. Confirmer l'additionnalité de votre projet et évaluer les conditions de propriété des droits carbone.

  2. Identifier la méthodologie de comptabilisation du carbone et le standard de certification les plus appropriés.

  3. Quantifier les réductions d'émissions qui pourraient avoir lieu.

  4. Évaluer la viabilité financière et le calendrier de votre projet.

  5. Évaluer les obstacles potentiels et les motivations non financières.

Chacune de ces étapes est discutée en profondeur et directement en relation avec le carbone bleu dans le manuel de l'UICN. En outre, HAMERKOP a également produit un manuel sur la finance carbone qui fournit un guide complet, étape par étape, pour savoir si un projet peut être éligible à la finance carbone.

Si vous souhaitez en savoir plus ou discuter des options qui s'offrent à vous, notre équipe d'experts est là pour vous guider et possède une vaste expérience des projets NbS et de carbone bleu. Nous pouvons vous aider à évaluer le potentiel de votre projet à bénéficier de la finance carbone, vous aider à structurer votre projet ou vous soutenir pour mieux comprendre les opportunités liées à ce domaine.




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1] Source : The blue carbon initiative, Coastal Blue Carbon methods for assessing carbon stocks and emission factors in mangroves, tidal salt marshes and seagrass meadows.

[2] Source : https://www.se.com/fr/fr/about-us/newsroom/news/press-releases/label-bas-carbone--ecoact-interxion-france-schneider-electric-france-et-le-parc-national-des-calanques-lancent-le-projet-de-m%C3%A9thodologie-pour-la-pr%C3%A9servation-des-herbiers-marins-prom%C3%A9th%C3%A9e--med-6050b9e9b120ca0dec63cc2b

[3] Source : https://www.iucn.org/resources/issues-briefs/peatlands-and-climate-change

[4] Source : https://www.theguardian.com/environment/2020/sep/09/how-artificial-salt-marshes-can-help-in-the-fight-against-rising-seas-aoe

[5] Source : Substantial blue carbon in overlooked Australian Kelp forests (Filbee-Dexter, K., Wernberg, T., 2020)

[6] Souce : https://ec.europa.eu/clima/policies/strategies/2050_en

[7] Source : https://www.carbonkapture.org/blog/r87trpd128isrubc0vromx9oebnfwz

[8] Source : https://www.se.com/fr/fr/about-us/newsroom/news/press-releases/label-bas-carbone--ecoact-interxion-france-schneider-electric-france-et-le-parc-national-des-calanques-lancent-le-projet-de-m%C3%A9thodologie-pour-la-pr%C3%A9servation-des-herbiers-marins-prom%C3%A9th%C3%A9e--med-6050b9e9b120ca0dec63cc2b

L'équipe Hamerkop
L'émergence de solutions climatiques naturelles : qui et comment ?

Les concepts autour des solutions basées sur la nature (NbS) peuvent sembler complexes et parfois même intimidants pour les non-initiés. Ce n'est pas une raison pour leur tourner le dos, étant donné qu'elles vont fournir une portion non-négligeable de l'atténuation à bas coût requise d'ici 2030 pour limiter le réchauffement climatique à moins de 2 °C. Le développement économique a entraîné une destruction importante de la nature et une perte de biodiversité à l'échelle mondiale. Les émissions excessives de gaz à effet de serre qui accompagnent ce développement économique contribuent à des changements climatiques importants et à des conditions météorologiques plus extrêmes, ce qui aggrave encore cette destruction[1]. Pour sortir de ce cercle vicieux, les scientifiques et les décideurs politiques encouragent sérieusement la restauration des terres à grande échelle[2].

Les NbS, également appelées solutions climatiques naturelles, sont de plus en plus considérées comme un outil d'atténuation crédible et, lorsqu'elles sont utilisées pour la compensation, elles peuvent également être rentables. À mesure que la sensibilisation au changement climatique s'accroît, un nombre croissant d'entreprises prennent des engagements de neutralité carbone et sont prêtes à soutenir les NbS, que ce soit en parrainant la plantation d'arbres, les pratiques agricoles durables ou en soutenant les efforts permettant d'éviter la déforestation.

Dans cet article, nous passons en revue les fondements techniques des NbS, nous présentons un aperçu de la situation mondiale et enfin nous dressons la carte des acteurs actuellement impliqués dans ce secteur.

Bases scientifiques et techniques

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Selon la définition de l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN), les NbS sont "des actions visant à protéger, gérer durablement et restaurer des écosystèmes naturels ou modifiés, qui répondent aux défis sociétaux [...] de manière efficace et adaptative, tout en assurant le bien-être de l'homme et des impacts positifs en terme de biodiversité"[3]. L'UICN a également élaboré une liste de 8 principes visant à mettre en place un cadre commun pour les NbS[4]. Sous ce terme générique, les NbS regroupent un large éventail d'actions et d'activités qui ont pour résultat d'améliorer la conservation de la nature, de contribuer à la gestion durable des terres, de restaurer la résilience des écosystèmes naturels et d'aider à atténuer le changement climatique.

Alors que les techniques de restauration et de conservation sont connues et utilisées depuis des décennies, le concept a gagné en popularité au cours des cinq dernières années. En pratique, les NbS sont applicables à différents types d'écosystèmes, comme illustré ci-dessous.

Forêts et arbres

Les forêts représentent environ 30 % de la surface terrestre mondiale[5]. Elles jouent un rôle crucial en tant que puits de carbone, mais la déforestation artificielle contribue à 20 % des émissions de gaz à effet de serre. Les NbS liées aux forêts comprennent :

  • Le reboisement, qui consiste à replanter une zone avec des arbres après qu'elle ait été déboisée par des activités humaines ou une catastrophe naturelle telle qu'une tempête ou un incendie, et le boisement, un processus similaire appliqué aux terres auparavant non boisées telles que les pâturages.

  • L’amélioration de l'état de conservation des forêts en développant des pratiques d'exploitation forestière appropriées, en encourageant la gestion durable des forêts et en évitant la dégradation des forêts tropicales.

Au-delà des forêts, sous certaines conditions, les programmes de plantation d'arbres peuvent être considérés comme des NbS, où qu'ils aient lieu (par exemple dans les villes), étant donné leurs effets positifs potentiels tels que la modération de l'impact des températures élevées, la réduction de la pollution, l'amélioration de la biodiversité, la réduction des risques de glissements de terrain et d'inondations, la filtration de l'eau et l'élimination du carbone de l'atmosphère.

Les terres agricoles

Selon la FAO (Food and Agriculture Organization), les terres agricoles représentent environ 40 % de la surface terrestre mondiale. La plupart sont des pâturages permanents et des terres arables. Les NbS liées à l'agriculture comprennent :

  • L'agriculture durable, des pratiques de production et une planification innovante des paysages agricoles qui augmentent la multifonctionnalité et les services écosystémiques.L'agriculture biologique est une forme d'agriculture durable dont les principes sont définis par des normes.

  • L'agriculture de conservation est un système de production agricole durable et économe en ressources dans lequel les techniques d'exploitation et de gestion des sols sont mises en œuvre pour éviter la perturbation des sols, préserver les terres, la biodiversité et les ressources naturelles[6]. Un exemple bien connu est la réduction du labourage.

  • L'agroforesterie, un système d'utilisation des terres où la disposition spatiale permet aux arbres et aux arbustes de pousser parmi (ou autour) des cultures ou des pâturages. Cela permet des interactions et des avantages tant écologiques qu'économiques.

Les zones humides

Les zones humides sont des zones où l'eau recouvre le sol de façon permanente ou saisonnière. Les zones humides intérieures et côtières sont des puits de carbone très efficaces et soutiennent une diversité biologique spécifique. Les marais à marée, les marécages ou les tourbières sont toutes des formes de zones humides. Les NbS liées aux zones humides comprennent :

  • La restauration, la protection et la gestion des zones humides qui peuvent fournir une multitude de services d'une grande valeur sociale, économique et environnementale[7].

Les écosystèmes côtiers

Les écosystèmes côtiers fournissent un habitat à une grande variété d'espèces marines ainsi que des ressources pour l'homme. Les NbS liés aux côtes comprennent :

  • La replantation et la protection des ceintures de mangroves qui atténuent l'impact des vagues et du vent sur les établissements côtiers, contrôlent l'érosion côtière et séquestrent le CO2. Les ceintures de mangroves constituent également des nurseries pour la vie marine, ce qui peut entraîner une augmentation des moyens de subsistance des populations locales.

  • La restauration des ceintures de récifs, qui renforcent la résilience à l'élévation du niveau de la mer et aux inondations côtières et fournissent des services environnementaux et économiques précieux.

  • La conservation des prairies sous-marines, un groupe de plantes à fleurs adaptées à la vie en eau salée, et l'un des écosystèmes naturels les plus menacés qui contient une quantité importante de carbone stocké dans les sols sous-marins.

Le diagramme ci-dessous[8] montre à quels endroits certaines NbS peuvent être mises en œuvre. 

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La mise en œuvre et le suivi des impacts des NbS peuvent être complexes[9] car les approches et les techniques utilisées doivent être spécifiques au type de sol, à l'emplacement, au climat, aux écosystèmes, à la biodiversité et aux besoins humains.

Au-delà de l'urgence de la perte d'habitat naturel, de la biodiversité et du changement climatique, l'émergence de nouvelles approches et de nouveaux outils de financement alimente l'intérêt pour les NbS. L'investissement dans les NbS peut être considéré comme une "approche globale" en termes d'impacts. Il contribue souvent simultanément au stockage du carbone, à la préservation et à la protection de la biodiversité et génère souvent des avantages sociaux et économiques pour les communautés locales. La conservation de 30 % des terres et de l'eau sur Terre pourrait créer jusqu'à 650 000 emplois dans le domaine de la conservation de la nature et les NbS peuvent permettre de réaliser simultanément un grand nombre des Objectifs de Développement Durable[10].

Face aux défis posés par le changement climatique, les NbS devraient contribuer aux efforts d'atténuation et d'adaptation au niveau mondial. En conséquence, 66 % des signataires de l'accord de Paris ont mentionné les NbS dans la première itération de leur contribution nationale, comme l'illustre la carte ci-dessous[11] (pays en vert).

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État des lieux et instruments financiers

Le financement des NbS est basé sur la reconnaissance des services fournis par les écosystèmes naturels, notamment en termes de réduction des risques, de protection de la biodiversité et des ressources, de capture et de stockage du carbone. Dans ce contexte, les différents instruments et véhicules financiers présentés ci-dessous peuvent être mobilisés.

Le Paiement des Services Ecosystémiques (PSE) est un concept de marché bien établi, considéré comme un outil politique efficace pour coordonner le développement socio-économique et la protection de l'environnement, et qui a la capacité d'encourager le développement des NbS. Les paiements incitent les personnes qui gèrent et utilisent les ressources naturelles, généralement les propriétaires de forêts ou les agriculteurs, à gérer leurs ressources de manière durable et à mettre en œuvre de bonnes pratiques, ce qui génère des impacts précieux suivis et quantifiés.

La finance carbone est un système de PSE basé sur la monétisation de la réduction ou de l'évitement des émissions de gaz à effet de serre. De nombreux projets de financement du carbone sont enregistrés auprès de systèmes de certification tiers qui délivrent des crédits carbone pour chaque tonne de CO2e évitée ou réduite, tels que le Gold Standard ou le Verified Carbon Standard. Le financement de NbS par la vente de crédits carbone est adapté car il ne nécessite pas une connaissance sophistiquée des marchés financiers, il fournit au financeur du projet un produit ou un service qui a une valeur tangible et il est un indicateur de performance en soi. Toutefois, d'autres instruments peuvent être utilisés pour financer les activités à mettre en œuvre, comme par exemple :

Les subventions

Jusqu'à présent, les subventions ont été l'instrument financier le plus populaire pour les activités NbS. Les subventions publiques, les fonds philanthropiques ou même les dons de particuliers prennent souvent la forme de donts. Le financement est généralement acheminé par des intermédiaires tels que des fonds publics ou des ONG vers les organisations locales qui mettent en œuvre les projets.

Exemple: Conservation International est l'une des plus grandes ONG qui se consacre à la protection et à la restauration des écosystèmes naturels, à la protection de la nature pour enrayer le changement climatique, à la protection des océans et à la promotion de la durabilité des terres et des eaux. La plupart des aides financières sont reçues et utilisées sous forme de subventions pour la mise en œuvre de projets.

Les dettes et les capitaux propres

Les NbS peuvent avoir des modèles commerciaux fiables qui génèrent des revenus et aident à placer ces projets sur la voie de l'indépendance et de la pérennité financière. Alors que les prêts entraînent l'émission de dettes, les capitaux propres sont des capitaux provenant d'investisseurs en échange de la participation au capital. Comme la mesure du risque et du retour sur investissement n'est pas toujours évidente dans le domaine des NbS, ce type de financement en est encore à ses débuts et tend à s'orienter vers les entreprises plutôt que vers les projets.

Exemple: Le Fonds néerlandais pour le climat et le développement est doté de 160 millions d'euros et investit dans l'agroforesterie, l'utilisation durable des terres et la production alimentaire résistant au climat. Une partie de ce financement est fournie sous forme de subvention au développement pour élaborer des analyses de rentabilité viables et le reste sous forme de dettes ou de capitaux propres pour financer les entreprises créées et mises en place.

Bien que le financement du climat ait dépassé pour la première fois les 500 milliards de dollars par an en 2017, seul 1 % de ce montant a été dirigé vers les NbS[12]. Malgré leur potentiel important, les NbS restent complexes pour les investisseurs et présentent de nombreux défis pour les décideurs politiques qui doivent fournir un cadre législatif approprié. Bien qu'il ne s'agisse actuellement que d'une petite partie de l'ensemble du financement climatique, il existe un certain nombre de porteurs de projets, de développeurs et d'investisseurs clés déjà actifs dans ce secteur, et qui sont mis en évidence ci-dessous.

Les porteurs et les développeurs de projets

Pour entreprendre des projets NbS, il faut des terres et des ressources. Par conséquent, une ou plusieurs organisations sont nécessaires pour les mettre en œuvre et les financer. Les activités NbS impliquent une grande variété de parties prenantes qui interagissent entre elles : propriétaires fonciers, communautés locales, organisations non gouvernementales et entreprises privées. Dans les pays en développement, les autorités peuvent également s'impliquer, car les questions relatives au régime foncier et à la propriété des terres peuvent entraîner des conflits[13] lors de la mise en œuvre des activités et du partage des bénéfices y résultant.

Les propriétaires fonciers

Qu'ils soient des particuliers (propriétaires fonciers privés), des entreprises privées ou des institutions publiques (États, municipalités), les propriétaires fonciers ont une relation étroite avec la nature. Les NbS impliquent souvent qu'ils modifient leurs pratiques actuelles de gestion des terres. Certaines pratiques telles que l'agroforesterie ou la régénération naturelle des forêts pourraient entraîner des coûts supplémentaires importants avec peu de bénéfices au cours des premières années. Les paiements pour les services écosystémiques pourraient alors être utilisés comme levier pour récompenser les propriétaires fonciers et déclencher des investissements supplémentaires.

Exemples:

  • En France, des propriétaires forestiers individuels[14] réunis au sein d'une association ont bénéficié de financement liés à la compensation carbone volontaire (par le biais du standard national Label Bas Carbone) pour reconstituer des forêts détruites par une tempête.

  • Au Cambodge, la Wildlife Alliance a permis au projet de conservation et d'agriculture de la forêt de la cardamome du Sud de soutenir directement les moyens de subsistance de 21 villages et de bénéficier aux municipalités propriétaires des terres forestières[15].

  • La brasserie Brewdog[16], a acheté 810 ha de terrain en Écosse et s'est engagée à planter plus d'un million d'arbres au cours des prochaines années pour compenser ses émissions de carbone indirectes grâce à l'accréditation au Woodland Carbon Code.

Les communautés locales

Que les activités consistent à éviter la déforestation, à conserver les écosystèmes côtiers ou à modifier les pratiques agricoles, les NbS ont un impact sur les communautés vivant à l'intérieur et à l'extérieur de ces lieux. Habituellement rassemblés, mobilisés et sensibilisés par les associations locales, les villageois et les habitants des forêts peuvent être touchés par les activités ayant lieu sur des terres sur lesquelles ils peuvent avoir des droits coutumiers. Les communautés locales prennent souvent part à des activités avec différents niveaux d'implication. Non seulement elles participent aux travaux (ex : plantation d'arbres), mais elles doivent être les premières à bénéficier des avantages sociaux et économiques des activités mises en œuvre, afin de garantir un niveau élevé d'acceptabilité.

Exemple: au Kenya, le projet Mikoko Pamoja[17], premier projet de carbone bleu au monde, est un projet de conservation et de restauration de la mangrove mené par une communauté locale qui bénéficie d'un habitat de nurserie pour les poissons, d'une amélioration de la biodiversité, de l'apiculture et de l'écotourisme. Le projet est certifié conforme à la norme carbone Plan Vivo et coordonné par l'Association pour les services écosystémiques côtiers.

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Source : Hamerkop soutient un projet REDD au Soudan impliquant les communautés locales (photo : Hamerkop & Etifor).

Les organisations non gouvernementales

Les ONG et les organisations à but non lucratif opèrent au niveau mondial dans le domaine du reboisement, de la restauration et de la conservation des terres depuis de nombreuses années, bien avant que le concept des NbS n'émerge. Elles le font parce que l'agriculture et les écosystèmes naturels sont la clé de la lutte contre la pauvreté, de la réduction des effets des catastrophes naturelles et climatiques (tempêtes, sécheresses, etc.) et de la préservation de la biodiversité. La plupart d'entre elles recueillent des dons auprès de particuliers ou d'entreprises en Europe et en Amérique du Nord et financent des projets dans les pays en développement, généralement sans recourir à des mécanismes de marché mais en collaboration avec des ONG, des communautés ou des institutions locales.

Exemple: Eden Reforestation Projects, une ONG basée aux États-Unis, a planté plus de 480 millions d'arbres dans de nombreux pays en développement. Ils sont soutenus par des dons philanthropiques, notamment de la part d'organisations désireuses de compenser leurs propres émissions. Leur principale motivation est de fournir des emplois à des salaires équitables à des villageois appauvris en tant qu'agents de la restauration des forêts dans le monde.

Les entreprises privées

Les entreprises privées ont plus souvent été de l'autre côté de la table lorsqu'il s'agit des NbS, ayant des pratiques menant à la déforestation, la dégradation des terres, l'utilisation d'engrais chimiques pour l'agriculture ou la destruction d'écosystème pour la construction de stations balnéaires et de logements. L'émergence des NbS et la sensibilisation croissante du public au changement climatique ont donné aux entreprises privées une raison et des outils pour lutter contre la dégradation de l'environnement et conduisent au développement de nouvelles opportunités. De nouveaux besoins apparaissent, et un nombre croissant d'entreprises proposent désormais des services financiers et techniques liés aux NbS ou offrent de soutenir financièrement les NbS.

Exemples:

  • CHOOOSE, une start-up norvégienne, aide les particuliers et les organisations à réduire leur empreinte carbone en supprimant les obstacles au soutien des projets d'atténuation du changement climatique, notamment de reforestation et de prévention de la déforestation, dans le monde entier, grâce à une gamme d'API et d'outils informatiques.

  • Wildlife Works, un développeur de projets de conservation des forêts, conçoit, structure, met en œuvre et facilite le financement d'une série de projets situés dans des points chauds de la déforestation en Afrique, en Asie et en Amérique du Sud.

  • Nori, un plateforme de marché en ligne, aide les agriculteurs d'Amérique du Nord à modifier leurs pratiques afin d'améliorer le carbone stocké dans les terres agricoles, en créant des actifs carbone qui peuvent être achetés par des entreprises et des particuliers désireux de soutenir l'action climatique.

Les bailleurs de fonds et les investisseurs

Pour faire face à l'urgence climatique, il faut une action collective et la mobilisation d'un financement important. Les secteurs public et privé ont tous deux un rôle à jouer.

Les fonds publics

Les NbS étant un concept relativement nouveau, l'utilisation de fonds publics est souvent nécessaire pour amorcer leur mise en œuvre, réduire les risques et obtenir un financement supplémentaire du secteur privé. Alors que les pays industrialisés se sont engagées à verser 100 millions de dollars par an pour le financement de la lutte contre le changement climatique dans les pays en voie de développement, la France a récemment annoncé que 30 % de sa contribution irait aux NbS. Ces financements sont généralement destinés à de grands fonds multilatéraux spécialisés, à des fonds d'aide technique, distribué sous forme d'aide bilatérale au développement ou utilisés comme garantie financière pour le secteur privé.

Exemple: le Fonds vert pour le climat est le plus grand mécanisme de financement de l'accord de Paris. Il offre des subventions, des prêts, des fonds propres, des garanties et des paiements basés sur les résultats et finance à la fois le secteur privé et le secteur public. Il finance activement les NbS, notamment les forêts et l'utilisation des terres ainsi que les écosystèmes et les services écosystémiques.

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Les fonds privés

Dans son rapport annuel sur l'écart des émissions de gaz à effet de serre, le programme des Nations unies pour l'environnement ne cesse d'insister sur l'écart entre l'objectif de température de 2°C et les engagements pris par les gouvernements. On estime que cet écart pourrait être financé par le secteur privé sur une base de volontariat. La sensibilisation croissante des consommateurs pousse certaines entreprises à financer cet écart. La plupart d'entre elles le font en plantant des arbres ou en finançant la restauration d'écosystèmes plus complexes par le biais de la finance carbone.

Exemples:

  • Mirova Natural Capital est un des pionniers sur NbS en matière de gestion d'actifs avec $400 millions actuellement investis dans la conservation des écosystèmes et l'agroforesterie durable. Mirova vise à atteindre un milliard d'euros d'ici 2022. Les retours financiers sont générés par la production et la vente de produits agricoles ou forestiers (ex : cacao certifié, bois FSC, etc.) et de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

  • Total a lancé en 2019 Total Nature Based Solutions, une nouvelle unité dotée d'un budget de $100 millions, pour financer et développer des projets dédiés aux puits de carbone naturels (activités de plantation, gestion durable des forêts, agroforesterie, agriculture et conservation d'espèces remarquables), et qui vise à générer des bénéfices en termes de biodiversité.

Les défis à relever

Alors que l'intérêt et les connaissances de la communauté mondiale autour des NbS pour la lutte contre le changement climatique augmentent, les activités et les sources de financement restent très fragmentées. En outre, les NbS présentent un profil d'investissement difficile pour beaucoup, avec des risques élevés et des rendements incertains. L'insuffisance de la collaboration entre les scientifiques, les entreprises et les décideurs politiques entrave également l'expansion des NbS.

La finance carbone est un outil de financement fantastique pour les NbS, même s'il subsiste des incertitudes quant au piégeage du carbone dans les écosystèmes naturels et à l'impact du changement climatique sur l'évolution des stocks de carbone, ce qui nécessite d'améliorer notre compréhension scientifique des impacts de les NbS. Les principes de compensation d'Oxford[18] considèrent notamment les NbS comme un moyen crédible pour les entreprises de compenser leurs émissions de gaz à effet de serre.

Enfin, des progrès restent à faire dans la définition de schémas opérationnels qui pourraient guider efficacement les applications des NbS sur le terrain. Plusieurs initiatives vont dans ce sens. Par exemple, Nature4Climate, une alliance d'associations de protection de la nature, d'organisations multilatérales et d'entreprises fondée en 2017 pour promouvoir l'action et l'investissement dans les NbS. Des accords et des cadres (internationaux et nationaux) sont en cours d'élaboration et des propositions de normes sont publiées, c'est notamment le cas de la norme mondiale de l'UICN pour les solutions basées sur la nature[19].

Conclusion

Même si les NbS reposent sur des techniques d'ingénierie et des principes de gestion des terres établis depuis longtemps, le concept tel qu'il est connu dans le contexte du changement climatique est relativement récent et sa définition scientifique et ses mécanismes de financement méritent encore d’être clarifiés et améliorés. Pour relever ce défi, un large éventail de parties prenantes (tant du secteur public que du secteur privé) se sont engagées à travailler ensemble pour profiter au mieux des avantages des Nbs dans la lutte contre le changement climatique.

HAMERKOP travaille avec des propriétaires fonciers privés afin de déterminer le potentiel pour eux de mettre en œuvre des NbS financés par la finance carbone. Les experts de HAMERKOP travaillent sur les NbS depuis plus de 15 ans et peuvent vous aider à évaluer le potentiel de vos activités NbS à bénéficier d'un financement carbone, vous aider à structurer les NbS ou aider les entreprises à s'y retrouver dans ce nouveau paysage.


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[1] Source : Malhi Y, Franklin J, Seddon N, Solan M, Turner MG, Field CB, Knowlton N.2020 Changement climatique et écosystèmes : menaces, opportunités et solutions. Phil. Trans. R. Soc.B375 : Avril 2019

[2] Source : Le Programme des Nations unies pour l'environnement et les neuf volets du Sommet sur l'action climatique. Lien : https://www.unenvironment.org/unga/our-position/unep-and-nine-tracks-climate-action-summit

[3] Source : Cohen-Shacham E., Walters, G., Janzen, C. et Maginnis, S. (eds.) (2016). Solutions basées sur la nature pour relever les défis sociétaux mondiaux. Gland, Suisse : UICN. xiii + 97pp.

[4] Source : Cohen-Shacham E et al, Core principles for successfully implementing and upscaling nature-based Solutions, Environmental Science & Policy Volume 98, août 2019, pages 20-29

5] Selon la définition de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO)

[6] tel que défini par la Conservation Agriculture Association du Royaume-Uni

[7] Source : Thorslund J. et al, Wetlands as large-scale nature-based solutions : Status and challenges for research, engineering and management, Ecological Engineering, Volume 108, Part B, November 2017, Pages 489-497

[8] Source : Graphique : Natasha de Sena, Université et recherche de Wageningen

[9] Source : Principes fondamentaux pour la mise en œuvre et la transposition à plus grande échelle de solutions basées sur la nature (Cohen-Shachamab et al., 2019)

[10] Source : Valoriser la conservation de la nature, une méthodologie pour évaluer où la sauvegarde du capital naturel pourrait avoir le plus grand impact sur le climat, les économies et la santé. Lien : https://www.mckinsey.com/business-functions/sustainability/our-insights/valuing-nature-conservation

[11] Source : Nature-based Solutions Policy Platform, Université d'Oxford. Lien : https://www.nbspolicyplatform.org/adaptation-planning/adaptation-action-types/nature-based-actions/

[12] Source : IPC, 2019. Global Landscape of Climate Finance 2019 [Barbara Buchner, Alex Clark, Angela Falconer, Rob Macquarie, Chavi Meattle, Rowena Tolentino, Cooper Wetherbee]. Climate Policy Initiative, Londres.

[13] Source : Garantir les droits fonciers des peuples autochtones et des communautés comme solution naturelle au changement climatique : https://wedocs.unep.org/bitstream/handle/20.500.11822/28942/SecureIP.pdf?sequence=1&isAllowed=y

[14] Source : Le carbone au CNPF, un savoir-faire au service des forestiers et des entreprises responsables. Lien : https://www.foretpriveefrancaise.com/data/fe245_7_15.pdf

[15] Source : Le projet REDD+ de la Cardamome du Sud. Lien : https://registry.verra.org/app/projectDetail/VCS/1748

[16] Source : Brewdowg. Lien : https://www.brewdog.com/uk/tomorrow

[17] Source : Projet Mikoko Pamoja. Lien : https://www.planvivo.org/mikoko-pamoja

[18] Source : Principes pour une compensation carbone crédible. Lien : https://www.ox.ac.uk/news/2020-09-29-oxford-launches-new-principles-credible-carbon-offsetting

[19] Source : Norme mondiale de l'UICN pour les solutions basées sur la nature : première édition. Lien : https://portals.iucn.org/library/node/49070

L'équipe Hamerkop
Qu'est-ce que la compensation carbone ? Comment cela fonctionne-t-il ?

Les conséquences des changements qui affectent notre environnement sont et seront de grande envergure. Où que nous vivions, travaillions ou voyagions, nous devrions tous vouloir participer à l'effort de lutte contre le réchauffement climatique. Chez HAMERKOP, nous pensons que la compensation et la finance carbone (une branche de la finance climat) sont de puissants outils que les entreprises et les particuliers devraient comprendre et utiliser pour atténuer le changement climatique.

La compensation carbone (qui est en fait une compensation des émissions de gaz à effet de serre ou GES) permet d'équilibrer les émissions à un endroit donné grâce à un projet implanté ailleurs dans le monde. L'idée de compenser les émissions de GES est apparue à la fin des années 80 et repose sur la preuve scientifique que l'émission, l'absorption ou la réduction des émissions a le même effet, où qu'elle se produise dans le monde. En d'autres termes, puisque le changement climatique est un phénomène mondial, l'efficacité des actions visant à éviter que les GES ne pénètrent dans l'atmosphère ne dépend pas de l'endroit où ces actions sont menées.

La compensation carbone offre aux organisations ou aux particuliers la possibilité de financer des réductions d'émissions de GES pour une quantité correspondant à leurs propres émissions. Lorsqu'elles sont certifiées, ces réductions d'émissions peuvent être appelées unités de réduction des émissions, réductions d'émissions certifiées, unités de carbone volontaires, réductions d'émissions vérifiées, et bien d'autres noms, selon l'organisme certificateur qui les émet.

Dans cet article, nous examinerons tout d’abord les origines de la finance carbone, la différence entre le marché réglementé et le marché volontaire du carbone, et la manière selon laquelle les entreprises et les organisations peuvent équilibrer leurs propres émissions. Ensuite, nous étudierons la façon dont les crédits carbone sont émis ainsi que quelques autres concepts clés nécessaires pour comprendre les contributions de ces derniers aux efforts actuels de réduction du niveau des émissions de GES dans le monde.

La naissance des crédits carbone

La finance carbone telle que nous la connaissons aujourd’hui est apparue en 1997 avec le protocole de Kyoto. Un mécanisme basé sur le marché (également appelé cap-and-trade) et deux mécanismes basés sur des projets ont alors été conçus : le Mécanisme de Développement Propre (MDP, ou CDM en anglais) pour les pays en développement et la Mise en Œuvre Conjointe (MOC), pour les pays industrialisés. Ces mécanismes de projet servent à subventionner les activités de réduction des émissions de GES, fournissant une source de revenus supplémentaire ou complémentaire pour certains projets, voire la seule source de revenus pour d'autres. Ces mécanismes dits de flexibilité ont été rendus opérationnels par les Accords de Marrakech en 2001. Le MDP expire à la fin de l'année 2020.

Jusqu’à fin 2020, le MDP avait deux objectifs principaux : réduire le coût des réductions d'émissions pour les pays industrialisés (pays de l'annexe I du protocole) en leur permettant d'externaliser leurs réductions d'émissions vers des projets dans des pays où il est moins coûteux de le faire, et permettre aux pays en développement (pays hors annexe I) de bénéficier de financements pour des technologies plus propres et souvent plus coûteuses. Par ailleurs, l'objectif principal de la MOC était d'offrir un mécanisme financier aux pays industrialisés pour qu'ils amorcent la réduction des émissions au niveau national, notamment dans les secteurs où les émissions sont plus difficiles à réduire et qui ne sont pas couverts par un marché du carbone du type cap-and-trade.

Les deux mécanismes de projet de la finance carbone (MDP et MOC) ont été structurés de manière à fournir des incitations axées sur les résultats. Ce n'est que lorsque les projets ont démontré une réduction des émissions de GES qu'ils obtiennent des crédits carbone qui peuvent ensuite être vendus.

L’année 2015 a été marquée par la signature de l’accord de Paris. L'article 6 de ce traité international comprend des dispositions pour la prochaine génération d'instruments de finance carbone, pour lesquels les règles restent à développer, même si le traité entre en vigueur en janvier 2021.

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Source : PNUE

Marché réglementé versus marché volontaire

Jusqu’à fin 2020, les crédits carbone délivrés pour des projets enregistrés au titre du MDP peuvent être utilisés par des sites industriels polluants pour remplir une partie de leurs engagements nationaux de réduction des émissions dans le cadre du protocole de Kyoto. Ces crédits carbone peuvent être utilisés et échangés dans le cadre d'un marché du carbone dit réglementé, un marché structuré à des fins réglementaires. L'exemple le plus notable de ce type de marché est le système d'échange de quotas d'émission de l'Union européenne ou SEQE-UE (qui comprend par exemple 11 000 installations fortement consommatrices d'énergie). Dans le cadre de ces marchés, le type de crédits carbone qui peut être utilisé est généralement très limité. Comme le montre la carte ci-dessous, de nombreux pays ont mis en place diverses taxes ou marchés du carbone nationaux ou infranationaux.

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Source : État et tendances de la tarification du carbone en 2019 - Banque mondiale

En parallèle, et à partir de 2006, un marché volontaire du carbone s'est développé. Ce marché volontaire rassemble généralement des entités qui achètent des crédits carbone pour soutenir des projets. Elles opèrent habituellement dans le secteur des services, des biens de consommation et du commerce de détail, mais peuvent également être des particuliers, des ONGs ou des organisations internationales.

Contrairement aux marchés réglementés organisés par les États, le marché volontaire du carbone n'est pas réglementé par une autorité centrale. Il n'y a donc pas de règles contraignantes concernant le type de crédits carbone éligibles. Par conséquent, en plus d'utiliser les crédits carbone issus du MDP, les organisations actives sur le marché volontaire du carbone utilisent de plus en plus des crédits carbone émis par des organismes de certification indépendants qui ont commencé à apparaître vers 2006 (bien avant, pour certains d'entre eux). Les plus utilisés sont actuellement le Gold Standard for the Global Goals (de la Fondation Gold Standard) et le Verified Carbon Standard ou VCS (de Verra). Aujourd'hui, la plupart des organisations qui compensent volontairement leurs émissions de carbone le font avec des crédits carbone issus de ces organismes de certification indépendants ou de standards de certification volontaires.

Comment les entreprises compensent-elles volontairement leurs émissions ?

Actuellement, la compensation consiste généralement en l'achat par une entreprise d'une quantité de crédits carbone correspondant à la quantité de GES qu'elle souhaite compenser et qui entre dans le périmètre 1, 2 ou 3 :

  • Les émissions du périmètre (ou scope) 1 sont les émissions directes de GES provenant de sources appartenant à l'organisation ou contrôlées par celle-ci (ex : la production sur place d'électricité, de chaleur ou de vapeur, les processus physiques et chimiques, le transport des biens et des personnes).

  • Les émissions du périmètre (ou scope) 2 sont les émissions indirectes de GES provenant de l'électricité achetée ou de la vapeur consommée par l'organisation (ex : l'électricité du réseau national).

  • Les émissions du périmètre (ou scope) 3 sont les émissions indirectes de GES émises par la chaîne de valeur de l'organisation déclarante (ex : les voyages d'affaires, les déplacements des employés, la production de matériaux achetés, les investissements, les actifs loués et les franchises, ainsi que l'élimination des déchets).

 
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Source : Protocole sur les GES

Les montants que ces organisations versent pour acheter des crédits carbone contribuent directement ou indirectement au financement d'un projet spécifique de réduction des émissions de GES. Les promoteurs de projets qui reçoivent ces paiements mettent ensuite en œuvre toute une série d'activités, allant de l'installation d'infrastructures d'énergie renouvelable comme des éoliennes ou la récupération du biogaz des décharges à la plantation d'arbres qui stockent le carbone de l'atmosphère.

En 2019, la valeur transactionnelle de ce marché était estimée à 320 millions de dollars US, et représentait 104 millions de crédits carbone négociés[1].

Quelles réductions d'émissions peuvent être certifiées et monétisées sous forme de crédits carbone ?

La matérialisation de crédits carbone dépend des processus, règles et procédures uniques développés par chaque organisme de certification carbone. Actuellement, tous les organismes de certification carbone couramment utilisés ont fondé leurs règles de base sur celles du MDP. Par conséquent, les projets doivent offrir des réductions d’émissions qui soient réelles, mesurables, additionnelles, permanentes, vérifiables et uniques. Ces conditions de base sont brièvement définies ci-dessous :

  • être réelles : les réductions d'émissions doivent avoir effectivement eu lieu. Il doit y avoir une réduction d'émission sous-jacente à chaque crédit carbone qui correspond au résultat du projet mis en œuvre.

  • être additionnelles : les revenus de la vente des crédits carbone sont un facteur déterminant dans la mise en œuvre du projet. La survie du projet dépend, dans une certaine mesure, de la capacité du développeur de projet à vendre ses crédits carbone. En d'autres termes, cela implique que le projet n'aurait pas pu voir le jour s'il n'avait pas été soutenu financièrement par ce système de compensation. Ce concept est connu sous le nom d '"additionnalité".

  • être mesurables et vérifiables: les réductions d'émissions doivent pouvoir être calculées avec une rigueur scientifique et faire l'objet d'un suivi et d'un audit. Pour ce faire, il faut disposer de méthodes de calcul et de suivi adaptées au contexte et à la technologie concernés.

  • être permanentes : les émissions de GES qui ont été réduites ou évitées doivent durer dans le temps et ne doivent pas être rejetées dans l'atmosphère par le projet en question à une date ultérieure.

  • être uniques : chaque crédit carbone doit correspondre à une seule tonne de CO2e. Cela signifie également que des procédures doivent être mises en place pour éviter un double comptage.

L'additionnalité est un concept clé des mécanismes de la finance carbone. Si certaines conditions sont spécifiques à chaque organisme de certification, la détermination de l'additionnalité d'un projet se concentre généralement autour de ces questions clés :

  • Le projet est-il financièrement viable et susceptible d'attirer des financements sans vendre de crédits carbone ? La réponse doit être négative pour qu'un projet soit additionnel.

  • Le projet proposé comporte-t-il des risques qui rendent difficile son financement ou sa mise en œuvre ? La réponse doit être positive pour qu'un projet soit complémentaire.

  • Le projet proposé réduit-il/évite-t-il les émissions de GES au-delà des exigences réglementaires ? Le projet proposé est-il déjà une pratique courante à l’endroit où il est mis en place ? La réponse à ces deux questions doit être affirmative pour qu'un projet soit additionnel.

  • Le projet est-il confronté à des obstacles organisationnels, culturels ou sociaux importants qui ne peuvent être surmontés sans vendre des crédits carbone ? Cela doit être le cas pour qu'un projet soit additionnel.

Quelles sont ces normes de certification du carbone ?

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Plus de 15 organismes de certification volontaire du carbone ont vu le jour depuis le milieu des années 2000. Le Gold Standard for the Global Goals (GS4GG), le Verified Carbon Standard, Plan Vivo, l'American Carbon Registry, la Climate Action Reserve, le Woodland Carbon Code et le Label Bas Carbone font partie des organismes actifs et largement reconnus par le marché.

Dans le cadre du processus de certification carbone, un projet doit être éligible à (i) un ensemble de conditions spécifiques aux spécificités du projet et aux (ii) règles et principes de l'organisme de certification choisi. Chaque organisme a ses propres exigences et critères d'éligibilité, basées notamment sur la localisation géographique, la taille ou la technologie du projet.

Chaque organisme de certification présente également un objectif qui lui est propre. Certains se limitent à des types de projets particuliers (ex : la foresterie pour le Woodland Carbon Code) tandis que d'autres excluent certains projets (ex : le Plan Vivo exclut les projets non communautaires), ou excluent des technologies en fonction de leurs caractéristiques pour se focaliser sur des projets valorisant les avantages sociaux (ex : les centrales hydroélectriques à grande échelle ne sont pas éligibles auprès du GS4GG).

Au-delà des réductions d'émissions, les organismes de certification volontaires exigent souvent d'un projet candidat qu'il génère des impacts connexes positifs dans le pays hôte. Ces impacts indirects impliquent généralement des contributions aux objectifs de développement dans des domaines importants : impacts sociaux (ex : réduction des inégalités entre les femmes et les hommes, des discriminations à l'égard des femmes ou des minorités ethniques), économiques (ex : réduction de la pauvreté, accès à l'emploi et autres opportunités économiques), sanitaires (ex : réduction de l'exposition à la pollution atmosphérique, aux produits chimiques), environnementaux (ex : protection des forêts primaires, de la biodiversité, réduction des niveaux de pollution, augmentation de l'accès à l'énergie propre) ou humanitaires (ex : amélioration des moyens de subsistance des réfugiés). Ces impacts connexes sont souvent conformes à au moins un ou plusieurs des objectifs de développement durable des Nations unies.

Enfin, le choix de l'organisme de certification n'est pas seulement un choix du point de vue du projet, mais il oriente également le marché sur lequel les crédits carbone seront vendus et détermine les prix auxquels ils seront vendus.

La finance carbone comme mécanisme de financement efficace

Le soutien financier aux projets par le biais de crédits carbone est considéré comme un élément essentiel des efforts déployés pour lutter contre la crise climatique. La finance carbone apporte des solutions concrètes, à la fois efficaces sur le plan économique et environnemental, tout en offrant la possibilité de générer des impacts en termes de développement.

Par conséquent, la finance carbone :

  • est ouverte à tous les acteurs et entités.

  • permet la diffusion du savoir-faire et de l'expérience en matière de changement climatique parmi les entreprises et les institutions.

  • offre une source internationale de revenus pour les projets, sans les complexités des marchés de capitaux.

  • permet de dissocier l'équité de l'efficacité, et donc de répartir les charges, les pays riches facilitant les efforts d'atténuation dans les pays moins développés.

Au-delà de ces caractéristiques, la finance carbone est un mécanisme basé sur les résultats. Cela signifie qu'au lieu de payer pour des activités susceptibles de déclencher des résultats (comme c'est le cas pour l'aide au développement), les organisations désireuses de compenser leurs émissions par le biais du marché volontaire du carbone ne paient que pour des résultats fondés sur des preuves, lorsque les émissions ont déjà été réduites ou évitées. Cela signifie que les organisations qui compensent leurs émissions avec des crédits carbone ne financent que des projets qui fonctionnent réellement et montrent des résultats positifs. Plus un projet est efficace, plus il génère de crédits carbone et plus il bénéficie de la finance climat. Il y a donc un effet d’incitation pour les projets à être performants. L'efficacité devient ainsi une caractéristique essentielle des projets de compensation carbone.

Projets certifiés versus non certifiés

Aujourd'hui, presque la quasi-totalité des projets vendant des crédits carbone sont certifiés par un organisme de certification carbone reconnu qui délivre des crédits carbone labellisés. Ce n'était pas tout à fait le cas il y a dix ans. Les acteurs de ce milieu se sont appuyés sur les échecs passés et ont fait un effort important pour asseoir la crédibilité et la légitimité de leurs activités.

Si la compensation carbone est souvent critiquée, nombre de ces critiques sont mal formulées, dépassées ou portent sur la façon dont les entreprises l'utilisent ou communiquent à son sujet plutôt que sur la pertinence du mécanisme de financement. Contrairement aux organismes de certification intergouvernementaux tels que l'ONU qui ont malheureusement rencontré des difficultés à réagir à l'évolution rapide de ce marché et aux problématiques rencontrées, les organismes de certification volontaires, initialement mis en place pour combler certaines des lacunes du MDP, ont été des moteurs d'innovation. Ils ont renforcé leurs règles pour garantir l'intégrité environnementale et sociale des projets certifiés. Par exemple, le risque de double comptage est désormais pratiquement inexistant. C'est également le cas lorsqu'il s'agit de garantir la réalité des réductions d'émissions (c'est-à-dire le risque que des crédits carbone soient vendus par un projet qui n'a pas réduit d'émissions). Nous nous attendons prochainement à ce que les procédures de contrôle soient de plus en plus précises, à ce que les registres internationaux détenant les crédits carbone soient de plus en plus transparents et à ce que les garde-fous sociaux et environnementaux soient renforcés.

La compensation carbone comporte toutefois certains risques. Que vous souteniez un projet certifié ou non certifié, des difficultés non anticipées peuvent survenir et compromettre l’efficacité réelle de la démarche. Cela est d'autant plus vrai qu'il existe souvent une importante asymétrie d’informations entre le porteur de projet soutenu et l'entreprise compensant ses émissions. D'autre part, lorsque la compensation carbone est utilisée comme substitut par les entreprises pour ne pas réduire leurs propres émissions, cela peut engendrer des problèmes de réputation pour les dites entreprises.

Emissions réduites, évitées, séquéstrées et capturées

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Crédit : Photo de Bas Emmen sur Unsplash

Lorsque l'on parle de réductions d'émissions monétisées sous forme de crédits carbone, le terme de réduction n'est pas toujours exact. Il renvoie souvent à une combinaison de situations et d'actions :

  • Emissions évitées : la plupart des projets carbone réduisent les émissions par rapport à une situation théorique qui se serait produite en l'absence du projet. Par exemple, si un pays a l'intention d'installer une centrale à charbon pour accroître sa production nationale d'électricité, car c'est le moyen le plus pratique et le moins cher de le faire, les crédits carbone peuvent rendre l'installation d'une centrale hydroélectrique alternative aussi intéressante financièrement en permettant d'éviter les émissions qui auraient eu lieu autrement. Dans ce cas, un crédit carbone représente une tonne de CO2e évitée et non réduite.

  • Emissions séquestrées : elles peuvent être classées en deux catégories :

  1. Séquestration naturelle : la plupart des projets qualifiés de solutions fondées sur la nature (nature-based solutions) qui séquestre le carbone de l'atmosphère. Par exemple, lorsqu'un arbre pousse, le carbone est biologiquement séquestré dans ses branches, son tronc et ses racines. Dans ce cas, un crédit carbone représente une tonne de CO2e séquestrée ou réduite.

  2. Séquestration via l'ingénierie de stockage : bien qu'aucun de ces projets ne soient encore certifiés, il s'agit d'une pratique de plus en plus répandue. Des technologies capables de capter le carbone directement de l'atmosphère (également appelée capture directe depuis l’air ou direct air capture) ou dans les gaz de combustion (capture et stockage du carbone ou carbon capture and storage) afin de le stocker dans des formations géologiques sont en cours de développement. Bien que l'efficacité de ces technologies soit encore incertaine et qu'elles soient actuellement sous-déployées, la capture de ces émissions pourraient être considérée comme des réductions. Dans ce cas, un crédit carbone représenterait une tonne de CO2e éliminée ou réduite.

Une entreprise qui compense ses émissions par des crédits carbone évite d'aggraver la situation en étant responsable mais n'empêche pas les émissions de continuer à s'accumuler dans l'atmosphère en niveaux absolus. La compensation n'a de sens que si elle est intégrée dans des plans ambitieux de réduction des émissions.

Conclusion

Dans cet article, nous espérons vous avoir donné un aperçu de ce qu'est la compensation carbone, de son fonctionnement, des réductions d'émissions qui peuvent être monétisées sous forme de crédits carbone, du fonctionnement des organismes de certification carbone et des raisons pour lesquelles elle est considérée comme un mécanisme de financement efficace.

Les experts d'HAMERKOP ont plus de 12 ans d'expérience dans l'aide aux entreprises, ONGs et gouvernements pour faire face à la complexité des processus de certification volontaire, depuis le choix de l'organisme de certification approprié jusqu'à la vente réussie de leurs premiers crédits carbone, en passant par le suivi de leurs projets, assurant ainsi leur viabilité économique, sociale et environnementale à long terme.

Si vous souhaitez vous engager sur le marché volontaire du carbone, que vous soyez une entreprise qui envisage de compenser ses émissions et cherche à comprendre quel projet ou quelle norme de certification soutenir et comment acquérir et négocier des crédits carbone, ou une organisation qui a un projet à venir qui réduit des émissions potentiellement éligibles pour vendre des crédits carbone ; nous pouvons vous aider, alors n'hésitez pas à nous contacter. Nous ne vendons pas de crédits carbone et nous pouvons donc vous conseiller de manière indépendante et vous mettre en contact avec les bons interlocuteurs.


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[1] Voluntary Carbon and the Post-Pandemic Recovery (Ecosystem Marketplace, 2020). Lien : https://www.ecosystemmarketplace.com/articles/demand-for-voluntary-carbon-offsets-holds-strong-as-corporates-stick-with-climate-commitments/

L'équipe Hamerkop
L'essentiel de la finance climatique - un guide pour débutants

La finance climat est un sujet de plus en plus discuté et devrait devenir l'une des plus importantes sources de financement dans les prochaines décennies. Un large éventail d'entités proposera des financements climat, des entreprises privées aux institutions publiques et aux organisations financières, ce n'est qu'une question de temps. Compte tenu des défis à venir, les particuliers et le secteur privé en tireront profit. Toutefois, il s'agit encore d'un sujet de niche : le hashtag #climatefinance en anglais ne compte que 5 000 adeptes sur un réseau professionnel comme #LinkedIn. Alors, qu'est-ce que la finance climat ? Quel est son objectif ? Comment fonctionne-t-elle ? D'où vient-elle ? Où va-t-elle ?

La finance climat est généralement présentée comme un sujet d'expert avec des concepts fantaisistes, mais elle est en fait très simple. Commençons par une définition. La finance climat est l'utilisation d'instruments de financement visant spécifiquement à atteindre les objectifs d'atténuation et d'adaptation au changement climatique. En d'autres termes, la finance climat consiste en tout effort financier visant à soutenir la réduction des émissions de gaz à effet de serre et à éviter que d'autres émissions de gaz à effet de serre ne se retrouvent dans l'atmosphère, mais aussi à aider les personnes et les pays à se préparer et à s'adapter à un climat différent. Ce concept existe principalement depuis 1997, avec l'adoption du protocole de Kyoto.

D'où vient la finance climat ?

Bien qu'aucun historien ne puisse nous dire quand le terme "finance climat" a été inventé, il est généralement admis que l'utilisation du terme "finance climat" a commencé lors du Sommet de la Terre de 1992, qui a abouti à la création de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), qui elle-même a conduit à la rédaction et à l'adoption du protocole de Kyoto en 1997. Le mot "finance" n'est mentionné qu'une fois dans la CCNUCC et une fois dans le protocole de Kyoto[1] et les mécanismes financiers de l'époque qui pouvaient être considérés comme les premières formes de finance du climat n'étaient pas appelés ainsi. Ce n'est qu'avec les Accords de Marrakech de 2001 que le mot finance, utilisé principalement en relation avec l'adaptation, a finalement été utilisé officiellement[2].

Étonnamment, ce n'est qu'en 2014 que la CCNUCC a adopté une définition officielle de la finance climat : "La finance climat vise à réduire les émissions et à renforcer les puits de gaz à effet de serre, ainsi qu'à réduire la vulnérabilité des systèmes humains et écologiques aux effets négatifs du changement climatique, à maintenir et à accroître leur résilience". En 2015, 4 mentions de la finance climat ont fait leur chemin dans l'accord de Paris[3].

Quelle est la place de la finance climat ?

Pour le grand public, la finance climat peut être considérée comme un concept assez flou ou large. Afin d'approfondir la question du financement climatique, il est utile de décrire d'abord sa place dans le paysage financier général. Pour ce faire, j'ai cherché à dessiner son arbre généalogique ci-dessous. S'il s'agissait d'un être vivant, la généalogie de la famille du financement climatique pourrait ressembler à ceci.

Climate_Finance_Mapping.png

Attention, ce diagramme ne représente pas toute la famille élargie mais les membres les plus notables. Il ne rend probablement pas non plus pleinement compte des liens entre tous ses membres. Comme vous pouvez le constater, il n'y a pas de place pour la finance verte, car celle-ci peut être perçue comme très générique, indéfinie, surutilisée et entachée de sorte qu'il n'est pas très logique de l'utiliser où que ce soit. Toutes les activités économiques ont un impact environnemental, car il y a toujours une empreinte écologique derrière la transformation des matériaux dans le but de produire un bien ou un service.

Au cours des deux dernières années, le groupe d'experts techniques (GET) de l'Union européenne sur le financement durable a mené un long et complexe processus de définition de ce qu'est la finance durable, afin de faciliter l'acheminement des fonds vers celle-ci. Il en est sorti une taxonomie de la finance durable.

En bref, le financement de l'atténuation du climat dans le contexte de l'UE correspondrait au financement d'activités qui :

  • Sont à faible teneur en carbone (même si celle-ci est généralement mal définie)

  • Contribuent à la transition vers une économie à émissions nettes nulles, mais ne sont pas actuellement proches d'un niveau d'émissions nettes nulles de carbone

  • Permettent à d'autres de réaliser des performances à faible intensité de carbone ou de réduire considérablement les émissions en évitant des émissions

Le GET a défini les activités contribuant à l'adaptation au changement climatique comme des activités qui :

  • Qui contribuent de manière substantielle à prévenir ou à réduire le risque d'impact négatif ou à réduire de manière substantielle l'impact négatif du climat actuel et du climat futur prévu sur d'autres personnes, la nature ou les biens

Le GET a même élaboré une annexe technique[4] énumérant toutes les activités contribuant à l'atténuation ou à l'adaptation au changement climatique ainsi qu'une liste des activités par secteur.

L'atténuation et l'adaptation n'appartiennent pas à un ensemble spécifique d'activités ou de secteurs. Elles s'appliquent à tous les secteurs. Atteindre les objectifs de l'accord de Paris nécessitera un changement substantiel de notre économie et de nos modes de vie, ce qui explique en partie le besoin de politiciens et de dirigeants visionnaires qui s'engagent à mettre en œuvre ces objectifs.

Pourquoi avons-nous besoin de financement pour le climat ?

En 2017, l'OCDE a estimé que, au niveau mondial, 6,3 billions d'euros par an seraient nécessaires pour atteindre les objectifs de l'accord de Paris d'ici 2030[5]. Pour vous donner une idée, ce montant est légèrement inférieur à la valeur monétaire de l'ensemble des activités économiques de l'Allemagne en 2019 et supérieur à celui de la France ou du Royaume-Uni pour la même année.

Il est évident que les ressources publiques déjà sollicitées à l'excès ne suffiront pas pour relever ce défi. Que vous considériez ou non le capitalisme comme un obstacle à la réalisation des objectifs de l'accord de Paris, des capitaux institutionnels et privés seront nécessaires pour y parvenir.

L'argent a toujours été le nerf de la guerre. La guerre que le monde semble enfin prêt à engager est celle contre le changement climatique, c'est-à-dire contre les conséquences imprévisibles des concentrations élevées de gaz à effet de serre dans l'atmosphère. C'est aussi une guerre qui doit permettre à l'humanité de s'adapter à un nouvel environnement. Un environnement qui peut changer dans une mesure encore difficile à imaginer.

Sauf peut-être pour les écologistes, dans notre conception du monde centrée sur l'homme, le changement climatique n'a jamais autant porté sur l'environnement que sur les impacts humains que ces changements peuvent déclencher dans cet environnement.

Même un climat plus chaud de 2 °C déclencherait des changements tels que des phénomènes météorologiques extrêmes plus intenses (sécheresses, inondations, tempêtes, canicules), la migration d'un certain nombre de maladies vers les zones tempérées, la diminution des rendements agricoles mondiaux, l'incapacité des terres à produire quoi que ce soit, la rareté de l'eau, la perte généralisée de biodiversité, l'acidification des océans et le blanchiment des coraux. Tous ces facteurs ont des conséquences, à eux seuls, les uns sur les autres et combinés, dans une mesure qui dépasserait comparativement celles de la pandémie mondiale COVID-19.

La figure ci-dessous montre que notre trajectoire de développement actuelle nous conduit à une augmentation de la température moyenne mondiale de 3 à 4 °C. Cela pourrait se traduire par +10°C à certains endroits et -10°C à d'autres.

Tant que la finance traditionnelle ne sera pas contrainte d'intégrer la sauvegarde de notre environnement comme critère obligatoire dans ses décisions d'allocation des fonds, nous ne pourrons pas espérer de manière réaliste maintenir les augmentations de température en dessous d'un niveau raisonnable.

Que ce soit pour éviter un changement climatique dramatique ou pour renforcer la résilience et faire face aux effets du changement climatique, les mécanismes de finance climat adaptés seront de plus en plus nécessaires. Ils sont actuellement utilisés via des canaux très petits et modestes.

A quoi ressemble la finance climat ?

Si vous vous demandez encore de quoi il s'agit, n'attendez plus. Selon le think tank Climate Policy Initiative, comme le résume le graphique ci-dessous, les fonds pour le climat sont dépensés par le biais de prêts à taux réguliers (commerciaux) et à taux réduits (concessionnels). Les fonds pour le climat sont également distribués sous forme de capital pour l'exploitation des entreprises et les projets afin de leur permettre de démarrer et d'obtenir des financements complémentaires si nécessaire. Enfin, la finance climat prend également la forme de subventions visant à financer l’assistance technique et financière de projets n’ayant pas d’autre accès au financement.

Climate_Finance_Instruments.png

L'une des ressources intéressantes dans le domaine des solutions climatiques est le Drawdown Review [6]. Bien qu'il ne couvre que l'atténuation du changement climatique et que certains aspects de sa méthodologie puissent être remis en question, c'est un travail très crédible qui propose beaucoup de contenu pertinent.

Selon cette étude, les actions suivantes seraient les plus susceptibles de réduire les émissions :

  • Énergie : production d'électricité plus propre (ex : énergie éolienne, solaire, géothermique, biomasse, valorisation énergétique des déchets, etc.), efficacité énergétique (ex: dans l'éclairage, le chauffage des bâtiments, l'isolation)

  • Agriculture : réduction du gaspillage alimentaire, de la consommation de viande et de produits laitiers par le développement d'une alimentation à base de plantes, la protection et la restauration des écosystèmes (ex : ré-humidification des tourbières, protection des forêts primaires et des prairies, sécurisation des droits fonciers des populations autochtones, etc.), la réduction de l'utilisation d'engrais azotés et l'amélioration des techniques de production de riz

  • Industrie : élimination progressive de certains gaz réfrigérants (ex : lors du stockage), récupération du gaz des déchets (liquides et solides), recyclage et production de ciment et de bioplastiques à faible teneur en carbone

  • Transports : développement d'alternatives à la voiture individuelle (ex : transports publics, covoiturage, infrastructures cyclables, etc.), développement des véhicules électriques, des camions à faible consommation d'énergie et de l'aviation

  • Bâtiment : adoption de réchauds améliorés, des pompes à chaleur, du biogaz pour la cuisine, des chauffe-eau solaires et isolation des bâtiments

L'autre partie de l'équation de l'atténuation du changement climatique est la séquestration du carbone dans les écosystèmes naturels : par la sylviculture, l'amélioration des pratiques agricoles et la restauration des écosystèmes.

Deux autres canaux sont utilisés pour diffuser les financements climat :

  • Les marchés de compensation du carbone : où les projets reçoivent des paiements pour chaque tonne d'équivalent CO2 qu'ils réduitent ou évitent. Ces paiements n'entrent pas vraiment dans la catégorie des instruments financiers ordinaires et représentaient près de 300 millions d'USD en 2018 selon le rapport State of the Voluntary Carbon Markets 2019.

  • Les fonds internationaux pour le climat : tels que les Fonds verts pour le climat, le plus important mécanisme de financement de l'accord de Paris, qui a engagé plus de 6 milliards de dollars US depuis sa création il y a quelques années. Les financements ont principalement eu lieu via des prêts et des subventions.

Comme il est désormais évident que les efforts d'atténuation n'ont pas été suffisants, le financement de l'adaptation au changement climatique est devenu une question de plus en plus pressante. Cependant, non seulement le financement de l'adaptation au changement climatique a reçu moins d'attention jusqu'à présent, mais il est aussi beaucoup plus complexe à quantifier et à suivre. Les efforts de financement dans le domaine de l'adaptation au changement climatique ont principalement pris la forme de la gestion de l'eau et des eaux usées, d'une agriculture intelligente sur le plan climatique (ex : augmentation de la productivité, cultures résistantes à la sécheresse, systèmes mixtes culture-élevage, etc.). Ces efforts ont été principalement financés par les gouvernements et les agences de développement internationales ou régionales (ex : les banques de développement, les agences des Nations unies, les fonds climatiques, etc.)

Quelle est l'importance de la finance climat ?

La Climate Policy Initiative a cartographié les flux de financement du climat depuis 2013 et a constaté qu'en 2017-2018, environ 579 milliards de dollars US ont été dépensés en moyenne chaque année[7]. La variation annuelle est présentée dans la figure ci-dessous. Les sources de financement prises en compte dans ces données ne sont très probablement pas exhaustives mais comprennent un très large éventail de références.

CPI_Climate_Finance_Flows.png

Comme vous l'avez sûrement compris, si l'on compare ces chiffres avec l'estimation de l'OCDE de ce qui serait nécessaire pour atteindre les objectifs climatiques de l'accord de Paris, il nous manque plus de 90 % des fonds. Nous aurions besoin de 5 700 milliards de dollars supplémentaires chaque année, en plus de ce que nous dépensons actuellement. Le monde subit chaque année des retards dans le niveau d'investissement nécessaire pour nous mettre sur la voie de la réalisation de ces objectifs.

Qui dépense les fonds pour le climat ? Qui en bénéficie ?

Selon le même rapport de la Climate Policy Initiative et comme illustré dans le graphique ci-dessous, les financements climat proviennent d'un large éventail de sources.

Comme nous savons que les pays eux-mêmes n'ont pas les ressources financières adéquates pour assumer le poids des lourds investissements nécessaires, les financements publics ne devraient idéalement être utilisés que pour démultiplier les financements privés si nous voulons atteindre les montants ciblés. Cependant, le financement privé ne représentait que 56 % de toutes les sources de financement du climat en 2017-2018, ce qui est loin d'être suffisant.

Climate_Finance_Public_Private_CPI.png

La Climate Policy Initiative a indiqué que les institutions financières de développement (IFD) nationales, bilatérales et multilatérales représentaient la majeure partie des finances publiques. Les IFD, qui opèrent principalement dans les pays en développement, fournissent également des fonds de développement qui sont parfois réorientés ou rebaptisés "finance climat". Cela signifie également que les pays industrialisés qui ont également besoin d'un soutien public en bénéficient moins et sous une forme différente.

Le reste des fonds provenant d'organismes publics est fourni par les gouvernements régionaux et municipaux et permet de subventionner ou d'investir dans des infrastructures à faible émission de carbone.

Le financement privé dispose d'un éventail de sources plus diversifié. Les entreprises privées représentent la majorité des investisseurs privés, et les institutions financières commerciales jouent un rôle de plus en plus important. En outre, les particuliers contribuent également au financement de la lutte contre le changement climatique. Ils fournissent 10 % du montant total dépensé. À la traîne, on trouve en fait les acteurs financiers les plus importants : ceux qui disposent de vastes sommes d'argent, qui gèrent l'épargne des ménages et les pensions de retraite. Ces acteurs ne semblent pas croire que les risques liés à la construction du monde de demain valent la peine d'être pris. Ainsi, les investisseurs institutionnels et les petits gestionnaires de fonds représentent une fraction étonnamment faible (2 %) du financement du climat.

En ce qui concerne les secteurs vers lesquels le financement privé est canalisé, les énergies renouvelables arrivent en tête (85 %), notamment pour la production d'électricité, suivies par les systèmes de transport à faible émission de carbone (14 %). Cependant, la collecte de données pour certains de ces secteurs peut être difficile. Ceci est mis en évidence dans le graphique ci-dessous, qui illustre également le biais narratif lié au rôle des énergies renouvelables. Il est en effet communément admis que les énergies renouvelables joueront un rôle clé dans la lutte contre le changement climatique en permettant la production propre d'électricité, même si elles ne représentent que 7,5 % de l'énergie consommée dans le monde[8].

Le diagramme ci-dessous offre une vue assez tortueuse de la provenance et de la destination des fonds étiquetés comme finance climat. Il donne cependant une image complète de la situation actuelle.

Paysage du financement climatique (CPI).png

Conclusion

Bien qu'il s'agisse encore d'une pratique assez spécialisée, la finance climat est de plus en plus utilisée par le secteur public et le secteur privé. Un nombre croissant de projets peuvent profiter des opportunités que cette évolution va créer. Nous pensons que le moment est venu pour les projets, les programmes et les organisations d'identifier les sources potentielles de financement ou les activités qui pourraient leur permettre de mettre en œuvre des activités d'atténuation et d'adaptation au changement climatique. C'est également le bon moment pour les organisations financières de développer leur offre de finance climat auprès du grand public.

Le projet Drawdown estime que, globalement, les économies opérationnelles nettes seraient quatre à cinq fois supérieures aux coûts de mise en œuvre nets si la plupart des mesures d'atténuation du changement climatique étaient mises en œuvre. Cela signifie qu'avec les bons instruments de financement, nos sociétés pourraient libérer un large éventail de possibilités de lutte et d'adaptation au changement climatique.

Les experts d'HAMERKOP pourraient vous faire bénéficier de leurs 12 ans d'expérience dans le soutien techniques aux entreprises, aux ONGs et aux gouvernements dans le domaine de la finance climat, de l'identification d’initiatives éligibles à ce type de financement à l'évaluation de projets, la liaison avec la bonne source de financement et à la rédaction de propositions de projets gagnantes. Si vous souhaitez appréhender la finance climat, que ce soit pour en bénéficier ou pour allouer des fonds dont vous disposez, nous pouvons vous aider. N'hésitez pas à nous contacter .

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[1] Le protocole de Kyoto : https://unfccc.int/sites/default/files/resource/docs/cop3/l07a01.pdf

[2] Les accords de Marrakech : https://unfccc.int/cop7/documents/accords_draft.pdf

[3] L'accord de Paris : https://unfccc.int/files/essential_background/convention/application/pdf/english_paris_agreement.pdf

[4] Annexe technique de la taxonomie de la finance durable : https://ec.europa.eu/info/sites/info/files/business_economy_euro/banking_and_finance/documents/200309-sustainable-finance-teg-final-report-taxonomy-annexes_en.pdf

[5] Investir dans le climat, Investir dans la croissance (OCDE, 2017) : http://dx.doi.org/10.1787/9789264273528-en

[6] The Drawdown Review 2020 : https://www.drawdown.org/drawdown-framework/drawdown-review-2020

[7] The Global Landscape of Climate Finance 2019 (Climate Policy Initiative, 2019) : https://climatepolicyinitiative.org/publication/global-landscape-of-climate-finance-2019/

[8] Long-term energy transitions, Portugal, 1856 to 2008 : https://ourworldindata.org/grapher/long-term-energy-transitions

Olivier Levallois
7 choses à savoir sur les émissions de GES liées à l'hydroélectricité et aux réservoirs
 

L'hydroélectricité est un outil fiable et essentiel dans la lutte contre le changement climatique et dans la réalisation des objectifs nationaux et internationaux de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES). Cela est particulièrement vrai dans les pays du sud où les sources d'énergie hydroélectrique non exploitées restent importantes[1]. Pourtant, l'utilisation de cette énergie n'est pas sans susciter des controverses, notamment en ce qui concerne les émissions de GES. Quel est l'état actuel de l'hydroélectricité et quels en sont les avantages ? Comment contribue-t-elle au développement durable ? D'où proviennent les émissions liées à l'hydroélectricité et comment peut-on les calculer et les monétiser ?

Bien que les capacités hydroélectriques nouvellement installées aient augmenté depuis 2001, elles ne sont pas en voie d'atteindre les objectifs durables à long terme. L'hydroélectricité peut être considérée comme une source d'énergie à faible émission de carbone, mais les centrales hydroélectriques dotées de grands réservoirs par rapport à leur capacité de production peuvent émettre au moins autant d'émissions de GES que les centrales thermiques[2]. Ces émissions proviennent principalement des réservoirs ainsi que de la construction et du démantèlement. Malgré l'incertitude quant à leur comptabilisation, l'utilisation de l'outil G-Res peut aider à les évaluer. Sous certaines conditions, les projets hydroélectriques sont éligibles à la finance carbone.

L'hydroélectricité continue de se développer

L'hydroélectricité est la première source d'électricité de source renouvelable. Sa contribution à la production mondiale d'électricité renouvelable n'a cessé d'augmenter depuis 2001. L'Association internationale de l'hydroélectricité (IHA) a indiqué que, dans le monde, plus de 21,8 gigawatts (GW) de capacité hydroélectrique ont été mis en service en 2018. Cela équivaut à la capacité électrique totale du Chili ou de la Belgique[3].

En 2018, c'est la Chine qui a ajouté le plus de capacité avec 8 540 mégawatts (MW), suivie par le Brésil (3 866 MW), le Pakistan (2 487 MW), la Turquie (1 085 MW), l'Angola (668 MW), le Tadjikistan (605 MW), l'Équateur (556 MW), l'Inde (535 MW), la Norvège (419 MW) et le Canada (401 MW). La répartition par pays et par région est présentée dans le diagramme ci-dessous.

Capacité hydroélectrique installée dans le monde en 2018 [4]

Capacité hydroélectrique annuelle dans le monde.png

Selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), au cours des cinq prochaines années, la capacité hydroélectrique devrait augmenter de 9 %, avec en tête la Chine, l'Inde et le Brésil.

Pour illustrer la disparité de potentiel et de mise en œuvre, la République démocratique du Congo, qui possède 35 % du potentiel de l'ensemble du continent africain (soit 100 GW), n'a installé que 2,6 GW, ce qui n'est même pas suffisant pour mériter une place dans le diagramme ci-dessus.

Les avantages illimités de l'hydroélectricité

Les pays, en particulier ceux en développement, attendent de l'hydroélectricité qu'elle contribue de manière significative aux objectifs de développement durable des Nations unies[5], notamment en leur permettant de limiter, voire de réduire, leurs niveaux d'émissions de GES résultant des activités de production d'électricité. L'hydroélectricité devrait donc contribuer à fournir une énergie abordable et propre, à gérer l'eau douce, à lutter contre le changement climatique et à améliorer les moyens de subsistance.

Les avantages liés à l'hydroélectricité sont nombreux et comprennent: la production et le stockage d'énergie propre et flexible, ainsi qu'une réduction de la dépendance aux combustibles fossiles. En termes économiques, les avantages comprennent l'amélioration des moyens de subsistance et des chaînes d'approvisionnements, l'amélioration de la navigation et des transports, et l'investissement dans les services communautaires. Les avantages de la gestion de l'eau douce comprennent l'approvisionnement des foyers, de l'industrie et de l'agriculture, ainsi que l'atténuation des inondations et des sécheresses[6].

Avantages de l'hydroélectricité.jpg

L'hydroélectricité pourrait offrir un large éventail d'avantages, et pas uniquement une électricité propre à la demande.

L'hydroélectricité est nécessaire au développement durable

Il va sans dire que l'hydroélectricité pourrait contribuer à atteindre l'objectif de limiter le réchauffement à 1,5°C ou 2°C. En termes d'adaptation, les projets hydroélectriques peuvent offrir aux pays une protection contre les effets du changement climatique et des phénomènes météorologiques extrêmes (par exemple, les inondations ou la sécheresse), même si les conditions climatiques variables rendent également ces projets sensibles aux risques climatiques en raison de leur dépendance vis-à-vis des précipitations et du ruissellement.

Selon l'AIE, une croissance continue des capacités installées nouvelles est nécessaire pour maintenir une augmentation moyenne de la production de 2,5 % par an jusqu'en 2030 afin de rester en phase avec le scénario de développement durable (SDD)[7]. Comme le montre la diagramme ci-dessous, bien que les perspectives de croissance des nouvelles capacités hydroélectriques restent fortes, elles ne sont pas suffisantes pour atteindre le niveau du SDD[8].

La production d'hydroélectricité dans le scénario de développement durable, 2000-2030

 
Production d'hydroélectricité dans le scénario de développement durable, 2000-2030.png
 

Pourtant, l'hydroélectricité contribue encore largement aux efforts de réduction des émissions mondiales. En mars 2020, les projets hydroélectriques représentaient 24 % de l'ensemble des projets carbone certifiés dans le cadre du mécanisme de développement propre (MDP) de la CCNUCC, ce qui est considérable. Il s'agissait donc de la catégorie de projets la plus importante dans le cadre du MDP[9].

Le problème des émissions de GES de l'hydroélectricité

L'hydroélectricité est généralement considérée comme une technologie à faible teneur en carbone et peut servir de contrepoids aux énergies fossiles à forte intensité de carbone. Si l'hydroélectricité était remplacée par la combustion du charbon, jusqu'à 4 milliards de tonnes d'émissions de GES supplémentaires seraient émises chaque année et les émissions mondiales des combustibles fossiles et de l'industrie seraient au moins 10 % plus élevées [10]. Selon le Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC) et l'AIH, l'intensité carbone-équivalent sur le cycle de vie médian de l'hydroélectricité est de 18,5 gCO2e par kWh, et seul l'éolien terrestre ferait mieux, comme le montre le diagramme ci-dessous.

L'intensité carbone de l'hydroélectricité par rapport aux autres technologies

Intensité carbone de l'hydroélectricité par rapport à d'autres technologies.png

En examinant la variation des émissions pour chaque technologie, on se rend compte que l'hydroélectricité est la technologie qui présente la plus grande fourchette d'émissions. Il pourrait à la fois s'agir de la technologie la plus et la moins intensive en carbone[11].

Variation de l'empreinte carbone des sources d'énergie

Variation de l'empreinte carbone des sources d'énergie.jpg

Les installations hydroélectriques au fil de l'eau utilisent principalement le débit naturel de l'eau pour produire de l'énergie, par opposition à la puissance de l'eau qui tombe avec les grands barrages à réservoirs. Elles ont tendance à avoir de très faibles niveaux d'émissions de GES et ont des impacts sociaux et environnementaux limités sur les écosystèmes et les communautés locales.

Les réservoirs sont la source du problème

Nous avons déterminé que les paramètres suivants ont un effet critique sur l'intensité carbone d'une centrale hydrolélectrique (classés du plus important au moins important) :

  • La température atmosphérique moyenne (plus généralement le climat local et ses variations, y compris les précipitations et la vitesse du vent qui ont un impact moindre)

  • Le taille du réservoir par rapport à la capacité installée (plus généralement les caractéristiques physiques du barrage)

  • Les services affectés au réservoir (qui agiraient sur l'attribution des émissions aux activités autres que la production d'électricité)

  • Le rayonnement solaire horizontal moyen cumulé

  • Le volume du réservoir (fonction de la profondeur et de la surface)

  • Les modes d'utilisation des terres (y compris les niveaux de population) dans le bassin versant/la zone de réservoir avant et après la mise en eau, ainsi que la taille du bassin versant

  • D'autres facteurs tels que la teneur en carbone du sol (dans le réservoir) et d'autres caractéristiques biophysiques du bassin versant, notamment les caractéristiques de la faune et de la flore et la couverture végétale

Les interactions entre ces paramètres sont souvent complexes et impliquent des réponses non linéaires. Les émissions résultant de ces interactions sont en tant que telles difficiles à prévoir et à estimer avec précision.

Selon la méthode de déclassement utilisée, il peut y avoir des émissions secondaires provenant du puits de carbone qui sont créées lorsque le réservoir est asséché.

Les émissions de dioxyde de carbone (CO2), de méthane (CH4) et protoxyde d'azote (N2O) font partie des cycles biogéochimiques du carbone et de l'azote des masses d'eau dans les milieux naturels. Par conséquent, les émissions locales peuvent être modifiées dans les zones touchées par le développement de réservoirs utilisés pour l'hydroélectricité, la lutte contre les inondations, l'eau potable, l'irrigation, la navigation ou d'autres utilisations de l'eau[12].

Les émissions de GES des réservoirs proviennent généralement de :

  • La décomposition de la matière organique inondée par le réservoir et de la biomasse qui croît et entre dans le réservoir en tant qu'afflux au cours du cycle de vie. Les émissions liées aux terres inondées peuvent se produire par les voies suivantes après l'ennoiement : (1) diffusion moléculaire à travers l'interface air-eau (émissions diffuses) ; (2) bulles de CH4 provenant des sédiments (émissions de bulles) ; (3) émissions résultant du passage de l'eau à travers une turbine et/ou à travers le déversoir et la turbulence en aval (émissions de dégazage) ; et (4) émissions provenant de la décomposition de la biomasse en surface.

  • Activités de construction, d'exploitation et de démantèlement.

Les activités humaines dans le bassin versant ou le réservoir peuvent également influencer la qualité de l'eau et par conséquent l'accumulation des nutriments et des minéraux dans les masses d'eau et donc créer les conditions d'une formation accrue de méthane.

Dans les zones tropicales et subtropicales, les émissions de CH4 sont réduites au minimum en hiver et maximisées en été. La décomposition de la biomasse aérienne (c'est-à-dire la biomasse des arbres non submergés lors d'un ennoiement) peut être une source importante d'émissions.

Le niveau d'émissivité est généralement considéré comme relativement élevé pendant les premières années suivant l'ennoiement, jusqu'aux 10 à 20 premières années comme le montre le graphique ci-dessous représentant les émissions d'un barrage andin. Des études récentes suggèrent que les émissions de CO2 pendant les 10 premières années après l'ennoiement seraient le résultat de la décomposition de la matière organique dans le champ avant cet événement, tandis que les émissions de CO2 ultérieures proviendraient de la matière transférée dans la zone inondée[13].

Modèle type d'émissions des réservoirs [14].

Schéma d'émissions typique des réservoirs.png

Enfin, la question du changement climatique doit également être considérée comme une boucle rétroactive. Une augmentation de la température annuelle moyenne dans les régions tropicales et subtropicales, comme le prévoit la trajectoire de réchauffement de 1,5°C et de 2°C pour l'Afrique subsaharienne[15], pourrait entraîner une augmentation des émissions des réservoirs.

Calcul des émissions de GES

L'AIH, en collaboration avec l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO), a mis au point un outil de calcul des émissions de GES en accès libre pour quantifier la part des émissions pouvant être attribuée à la création et à l'exploitation d'un réservoir hydroélectrique : l'outil G-Res[16]. L'utilisation de cet outil est recommandée par l'AIE, l'IAH, l'UNESCO et la Banque mondiale pour effectuer un tel calcul.

Cependant, comme l'outil G-Res n'est précis qu'en fonction des données qui y sont entrées, il est nécessaire de considérer l'approche à trois niveaux recommandée par le GIEC pour sélectionner les données utilisées pour calculer les émissions. Le niveau 1 est basé sur une estimation générale tirée des données secondaires. Le niveau 2 est basé sur des données régionales, tirées de sources bibliographiques secondaires, tandis que le niveau 3 est tiré directement de données primaires, collectées sur le terrain.

L'utilisation de l'outil G-Res est un processus relativement complexe. Tous les paramètres décrits ci-dessus sont pris en compte par l'outil en tant qu'entrées. La plupart doivent être saisis manuellement par l'utilisateur. Certains peuvent être calculés en utilisant la base de données de l'outil (le moteur terrestre). Pour d'autres, des valeurs standardisées provenant de la même base de données peuvent également être utilisées.

Comme le montre l'interface web de l'outil ci-dessous, celui-ci offre une solution complète pour calculer les émissions d'un barrage/réservoir sur une période de 100 ans. Les émissions naturelles et anthropiques du bassin versant, du réservoir, ainsi que celles produites pendant la phase de construction sont traitées pour donner une image complète des émissions de GES d'un projet, avec un niveau de confiance de 95%.

Les utilisateurs ont également la possibilité de comparer leurs résultats avec ceux de barrages/réservoirs équivalents. Les valeurs des facteurs d'émission sont normalisées mais peuvent être modifiées si nécessaire.

Pour obtenir une estimation précise, il est nécessaire de savoir avec précision comment entrer chaque paramètre dans l'outil et les données du champ.

Enfin, l'outil reste imprécis lorsqu'il s'agit de calculer les émissions d'installations hydroélectriques complexes, telles que les barrages en cascade.

Interface web de l'outil G-res

Interface web de l'outil G-res

Certifier les réductions d'émissions de l'hydroélectricité

Le coût de l'hydroélectricité peut être élevé mais reste globalement dans la fourchette des coûts des combustibles fossiles ou en dessous, comme le montre la figure ci-dessous. Dans de nombreux pays en développement, les investissements et l'environnement institutionnel peuvent rendre les projets d'infrastructure peu attrayants pour les investisseurs.

Une façon de faciliter et d'encourager les contributions de l'hydroélectricité aux objectifs mondiaux de réduction des émissions consiste à certifier et à monétiser les réductions d'émissions afin d'accroître leur profil d'investissement, notamment par un meilleur retour sur investissement et une réduction des risques.

Comparaison des coûts de production l'électricité de source renouvelable

Coût global nivelé de l'électricité produite à partir de technologies de production d'énergie renouvelable à l'échelle de l'entreprise.jpg

La certification carbone des réductions d'émissions provenant de l'hydroélectricité implique de commencer par identifier le standard et la méthodologie de calculs et de surveillance des réductions d'émissions les plus appropriés.

En raison des incertitudes liées aux niveaux d'émissions de l'hydroélectricité, le Conseil Exécutif du MDP a exclu les projets ayant une densité de puissance inférieure à 4 watts par m2 de surface de réservoir (ex : un très grand réservoir par rapport à la capacité installée) de l'éligibilité aux méthodes de calcul existantes. Pour des raisons similaires, les projets dont la capacité installée est supérieure à 15 MW (pour le Verified Carbon Standard - VCS) et à 20 MW (pour le GS4GG) peuvent ne pas être éligibles à la certification. Le graphique ci-dessous montre que plus la densité de puissance est faible (watt par m2 de réservoir), plus les émissions par unité d'électricité produite sont élevées, en particulier dans les zones tropicales et subtropicales.

Densité de puissance en fonction de l'intensité des émissions[17]

Densité de puissance vs intensité d'émission.png

Seuls les projets évitant des émissions et pour lesquels la vente de ces crédits d'émissions est indispensable à les rendre financièrement viables peuvent bénéficier de la finance carbone.

Comment HAMERKOP peut vous aider

HAMERKOP Climate Impacts a récemment accompli une mission pour le compte de l'Union Européenne et d'autres clients institutionnels pour évaluer les niveaux d'émissions et estimer le potentiel de réduction des émissions de plusieurs installations hydroélectriques en Afrique de l'Ouest.

Nous possédons l'expertise nécessaire afin d'aider les promoteurs potentiels à évaluer, estimer et déterminer les émissions de leurs projets hydroélectriques actuels et futurs.

Nous pouvons également évaluer la faisabilité de la certification de votre projet selon les standards de certification carbone afin de lui offrir la possibilité de bénéficier de toute sa valeur économique, en permettant la vente de crédits carbone sur les marchés volontaires ou réglementés.

Dans le cadre de l'accord de Paris, les mécanismes de coopération internationale prévus à l'article 6 pourraient vous aider à bénéficier d'un financement international et nous pouvons vous aider à évaluer et à mettre en place une stratégie pour y parvenir.

SOURCES

[1] IHA (2019) Rapport sur l'état de l'hydroélectricité : https://www.hydropower.org/statusreport

[2] Émissions des réservoirs des fleuves internationaux (2019) : https://www.internationalrivers.org/campaigns/reservoir-emissions

[3] CIA (2017) The World Factbook. Électricité, la capacité de production installée est la capacité totale des générateurs actuellement installés : https://www.cia.gov/library/publications/the-world-factbook/rankorder/2236rank.html

[4] IHA (2019) Rapport sur l'état de l'hydroélectricité : https://www.hydropower.org/statusreport

[5] IHA (2015). Objectifs de développement durable : quelle est la place de l'hydroélectricité ? https://www.hydropower.org/blog/sustainable-development-goals-how-does-hydropower-fit-in

[6] IHA (2019). Rapport sur l'état de l'hydroélectricité : Tendances et perspectives du secteur : https://www.hydropower.org/sites/default/files/publications-docs/2019_hydropower_status_report_0.pdf

[7] AIE (2019) Pouvoir de suivi : https://www.iea.org/fuels-and-technologies/hydropower

Le scénario de développement durable (SDD) de l'AIE décrit une transformation majeure du système énergétique mondial, en montrant comment le monde peut changer de cap pour atteindre simultanément les trois principaux SDG liés à l'énergie, d'ici 2050 (SDG 7, SDG 3 et SDG 13). La SDD maintient l'augmentation de la température à moins de 1,8°C avec une probabilité de 66% sans dépendre des émissions globales nettes négatives de CO2 ; cela équivaut à limiter l'augmentation de la température à 1,65°C avec une probabilité de 50%. AIE (2019) SDD : https://www.iea.org/reports/world-energy-model/sustainable-development-scenario

9] IGES (2020) IGES CDM Project Database : https://www.iges.or.jp/en/pub/iges-cdm-project-database/en

10] IHA (2019) Hydropower Status Report : Tendances et perspectives du secteur : https://www.hydropower.org/sites/default/files/publications-docs/2019_hydropower_status_report_0.pdf

[11] Sherer, L., Pfister, S., (2016). L'empreinte carbone biogénique de l'hydroélectricité. PLOS ONE., 11(9). P. 11 : https://doi.org/10.1371/journal.pone.0161947.

12] AIE (2018) Annexe XII sur l'hydroélectricité : Lignes directrices pour l'analyse quantitative des émissions nettes de GES provenant des réservoirs - Volume 3 : Gestion, atténuation et allocation.

[13] IPCC (2019). IPCC Good Practice Guidance for LULUCF 3.285 ; Chapitre 3 : LUCF Sector Good Practice Guidance

(14) Forsberg BR, Melack JM, Dunne T, Barthem RB, Goulding M, Paiva RCD, et al. (2017) The potential impact of new Andean dams on Amazon fluvial ecosystems. PLoS ONE 12(8) : e0182254. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0182254

[15] IPCC (2019). IPCC Good Practice Guidance for LULUCF 3.285 ; Chapitre 3 : LUCF Sector Good Practice Guidance

[16] Projet de recherche UNESCO/IHA sur l'état des GES des réservoirs d'eau douce (2017). Documentation technique sur l'outil de gestion des réservoirs de GES (G-res).

[17] IHA (2018). Une étude montre l'empreinte des gaz à effet de serre de l'hydroélectricité : https://www.hydropower.org/news/study-shows-hydropower's-carbon-footprint

 
Olivier Levallois
Les 4 enseignements du 1er rapport du Haut Conseil sur le changement climatique (France)
 
Marche pour le climat.jpg
 
 

Dans cet article, j'explore le premier rapport du Haut Conseil pour le Climat français publié le 17 juin 2019

Le Haut Conseil pour le Climat est un organe indépendant créé par le décret du 14 mai 2019 pour émettre des avis et recommandations sur la mise en œuvre des politiques et mesures publiques de réduction des émissions de gaz à effet de serre de la France, conformément à ses engagements internationaux, notamment l'accord de Paris et la réalisation de la neutralité carbone d'ici 2050. Il est présidé par Corinne Le Quéré, climatologue franco-canadienne, et composé de dix membres choisis pour leur expertise dans les domaines de la climatologie, de l'économie, de l'agronomie et de la transition énergétique.

Point n°1 - Toutes les revendications de neutralité carbone ne se valent pas

Malgré la résistance politique de certains partis, les gouvernements s'engagent à la neutralité carbone de leur pays à différents horizons (Norvège en 2030 ; Suède en 2045 ; France, Royaume-Uni et Nouvelle-Zélande en 2050), mais ces engagements peuvent avoir des significations extrêmement différentes pour chacun d'entre eux.

Tout le monde doit pouvoir contrôler ces engagements et s'assurer que l'écart entre "ce que ceux-ci semblent être" et "ce qu'ils sont réellement" n'est pas trop important.

Les facteurs qui influencent cette situation :

✔️ Champ d'inclusion des émissions de gaz à effet de serre (CO2 vs CO2 CH4 N2O)

✔️ Portée des émissions (ex: inclusion du transport international - vols et maritime) et des importations (ex: carbone incorporé des produits consommés dans un pays)

✔️ Utilisation de crédits internationaux (c'est-à-dire possibilité d'externaliser les réductions d'émissions)

Le rapport récemment publié est utile à cet égard.

Point n°2 - Une taxation carbone à la frontière peut être utilisée pour éviter le dumping environnemental

Selon le premier rapport du Haut Conseil pour le Climat, l'empreinte carbone des Français a diminué de 20% depuis 1995.

Même si les émissions nationales ont diminué de 20%, les émissions liées aux importations ont doublé depuis 1995 et continuent d'augmenter. 🚛

🥐 En 2015, l'empreinte carbone d'un Français était de 11 tCO2e, dont 6,6 t CO2e sur le territoire national et 4,4 % à l'étranger.

Dans ce contexte, les propositions de réglementation de la taxe carbone aux frontières ont un sens : éviter le dumping environnemental ! D'où le tollé environnemental suscité par l'accord de libre-échange avec le Mercosur.

 

Point n°3 - En France, le financement des activités nuisibles au climat est resté supérieur à celui des activités respectueuses du climat. Il faut toujours considérer un montant en perspective d'un autre

En 2018, les investissements nuisibles au climat étaient presque deux fois plus élevés que les investissements respectueux du climat.

👎 Alors que les "investissements climats" (publics et privés) ont augmenté au cours de la période du premier budget carbone (2015-2018) pour atteindre 41,4 milliards d'euros en 2018, les investissements nuisibles au climat ont atteint 75 milliards d'euros (en 2017), stagnant ces dernières années.

Investissements positifs : bâtiments (20,7 milliards d'euros), transports (12,7 milliards d'euros), énergie (6,7 milliards d'euros), industrie (1 milliard d'euros) et agriculture (0,4 milliard d'euros).

Investissements négatifs : principalement liés à l'achat de véhicules fonctionnant aux combustibles fossiles.

Selon l'OCDE, les subventions aux énergies fossiles en France ont plus que doublé en 10 ans, passant de moins de 3 milliards d'euros en 2007 à 6 milliards d'euros en 2017.

Point n°4 - La dimension sociale du changement climatique est au moins aussi importante que la dimension scientifique

Les défis à relever sont ceux des ressources, de l'égalité sociale et de l'éducation :

✔️ Une mauvaise gestion de la transition vers une économie à faible intensité de carbone pénalisera les ménages à faibles revenus, ce qui entraînera des protestations et des actions improductives (ex : une taxe carbone pénalisera les propriétaires de systèmes de chauffage à combustibles fossiles). Le mouvement des gilets jaunes a illustré ceci en couleurs ;

✔️ La dimension sociale est beaucoup plus difficile à suivre et très peu d'indicateurs sont suivis ;

✔️ En France, 23% des gens ne croient pas que le changement climatique soit réel ; 36% des 18-24 ans ;

✔️ En France, 12% des 18-24 ans ne sont pas prêts à faire des efforts pour éviter que le changement climatique ne s'aggrave ;

✔️ Comme l'atténuation n'a pas été suffisamment ambitieuse, l'adaptation au changement climatique (mesures prises pour gérer les effets du changement en réduisant la vulnérabilité et l'exposition à ses effets néfastes) doit être intégrée aux politiques.

 

Rapport : Agir en cohérence avec les ambitions, Haut Comité pour le Climat, 2019.

Lien : https://www.strategie.gouv.fr/sites/strategie.gouv.fr/files/atoms/files/hcc_rapport_annuel_2019.pdf